FESTIVAL D’AVIGNON 2019 : UN PROGRAMME… ÉGÉEN

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73e FESTIVAL D’AVIGNON. L’Avant-Programme de l’édition 2019 – Festival d’Avignon, du 4 au 23 juillet 2019.

Autant le dire tout de suite : cet avant-programme de la 73e édition de ce qui fut le prestigieux Festival d’Avignon, réputé pour ses innovations, ses prises de risques et sa très haute qualité artistique, nous laisse sans voix.

Si peu de choses à dire -ou trop peut-être- que l’on ne sait par où commencer. Comment se fait-il que cette programmation terriblement convenue ait pu se nicher au sein du plus grand festival de théâtre au monde ? Comment Olivier Py a-t’il pu la parer des atours poétiques de l’Odyssée, qui présageait tant de voyage, de découvertes et d’aventure ?

De l’Odyssée, on retiendra l’errance et les dangereux écueils qui ne manqueront pas de mettre en danger les plus intrépides. Quoi ! Avignon se résumerait dorénavant à cela, cette nostalgie étalée d’un théâtre à l’ancienne, bien franco-français, servi par une théorie de metteurs en scène dont le moins que l’on puisse dire est qu’ils ne s’illustrent guère dans l’inventivité ni dans la complexité de la réflexion sur leur art :  des Pascal Rambert (dans la Cour, s’il vous plaît !), Michel Raskine (!), Macha Makeïeff (une faute), Roland Auzet, Jean-Pierre Vincent…  Les uns et les autres, vieilles gloires ou purs talents médiatiques, labourant depuis des lustres les mêmes sillons d’un théâtre à la française, dans tout ce qu’il a de détestable. Mais que font-ils dans ce festival, soi-disant novateur et prestigieux ?

Entendons-nous : nous n’avons rien contre les grands classiques de l’art, nous aimons le théâtre grec ou Shakespeare, comme il faut aimer ses racines. Ce sont les racines du Théâtre, du nôtre,  de notre contemporanéité. Mais il faut que ces oeuvres intemporelles soient alors servies avec brio, inventivité et force, sinon elles n’ont guère leur place dans un festival international de théâtre contemporain du calibre d’Avignon.

International : le mot est lâché. Où sont donc passés les artistes du monde qui ont tant contribué à la renommée du Festival ?  Cette année, ils seront une poignée, à peine une dizaine de spectacles issus du théâtre mondial, quelques récifs de singularité dans la mer calme et plate qui les entoure.

Pour y croiser les vents parfois houleux  de la création artistique dans son état brut, il faudra alors goûter au théâtre indiscipliné, imaginatif,  comme on l’aime quoi, tels que -nous l’espérons nous le serviront Maëlle Poésy, Wen Hui, Ontroerend Goed, Rimini Protokoll , Kirill Serebrennikov, Faustin Linyekula ou Christiane Jatahy

Quant à la Danse, c’est simple, il n’y en a pas.  Pas de Danse, ou si peu cette année, hormis Akram Khan ou peut-être Célia Gondol et Nina Santes. Par quel mystère ? On ne sait.  Calcul d’optimisation des jauges, simple manque d’envie ? On l’ignore.

La première édition de l’ère Py fut déjà pour le Festival, qui sortait d’une décennie époustouflante en termes de créativité et de prises de risques, un dur retour vers les plus sombres années de la longue histoire de cette manifestation mondialement respectée pour sa très grande richesse et la qualité de ses intervenants. Fort heureusement, les éditions qui ont suivi ont corrigé le tir, et on peut même dire des trois dernières qu’elles respectaient le contrat implicite et même parfois faisaient honneur aux valeurs et au projet exemplaire qui présidèrent à la naissance de ce grand festival de théâtre.

Las, le réveil en cette édition 2019 est brutal. Gueule de bois, consternation, tels sont les mots qui nous viennent à l’esprit tant cette programmation tranquille et plate comme une Egée sans fin nous sidère et nous désole.

Nous irons tout de même vérifier nos premières impressions avec la douzaine d’oeuvres qui nous interpellent, comme nous irons suivre le feuilleton théâtral, cette année confié à Blandine Savetier  et scruter avec attention et intérêt les « Sujets à vif » qui on le souhaite en tout cas, relèveront l’ensemble.

Mais comme tous celles et ceux qui ont la foi théâtrale chevillée au corps et l’amour du Festival, nous espérons que cette Odyssée qui s’annonce si calme et lisse puisse nous réserver quelques arrêtes sur lesquelles briser nos préventions.

Marc Roudier

Publié en partanariat avec INFERNO

Image : « Ceux qui errent de ne trompent pas » de Maëlle Poésy

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