CHER JAN FABRE, CHERES & CHERS TROUBLEYN

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CRITIQUE. Belgian Rules-Belgium Rules de Jan Fabre et Troubleyn/Jan Fabre – Conception, Direction Jan Fabre – Texte Johan de Boose – Musique Raymond Van Het Groenewoud et Andrew James Van Ostade – Durée 3h45 – Vu au Théâtre de La Villette, le 23 mars 2019.

Chers lecteurs du Bruit du Off Tribune, je ne saurai que trop vous recommander d’aller lire notre Tribune du 2 octobre 2018, ainsi que la critique d’Yves Kafka sur ce spectacle, critique publiée le 25 octobre 2018, aussi sur notre site.

Je vous laisse à ma lettre à la Compagnie Troubleyn/Jan Fabre, autre forme, autre manière de faire chronique, pour vous amener à aller chercher de quoi accueillir son geste artistique de génie, de quoi vous l’approprier.

Chères et Chers Troubleyn/Jan Fabre,

Hier soir, voir votre spectacle me fit l’effet d’un knock me out à Knokke Le Zout !

Une fois rentrée, je n’en ai quasiment pas dormi.

Traversée par la rythmique enivrante des sabots des Gilles de Binche, par le souffle fervent de l’air ambiant faisant voile dans vos drapeaux nationaux au tableau final, par les créations Lumière du Sculpteur qu’est Mister Jan Fabre, alchimisant vos chairs de danseurs-performers pour en révéler du marbre plus que marbre, par les conchieurs de toits que je trouve désormais fort sympathiques, dont le roucoulement m’est devenu harmonieux.

Pour vous fêter, j’en ai bu, inévitablement, de la bière, mais je fus lamentable à faire jaillir de la petite bouteille les feux d’artifice/geysers qui irriguent votre spectacle, et j’en ai soupiré, soupiré, soupiré de déception ! M’activant davantage dans le travail que vous nous demandez d’accomplir en tant que Spectateurs, pour que chacun fasse sa part, pour faire ainsi nôtre votre chemin d’Art, j’en ai mangé toutes les pralines Godiva que j’ai toujours chez moi, alors que je regardais, entre emballement et sidération les fulgurants sexes des oeuvres de Félicien Rops, et que je retournais scruter son « Pornocratès » que je venais de voir, en vrai !, quelques instants plus tôt sur scène, par vos talentueux soins. Je ressortis mes bouquins de peintres surréalistes, peu de choses sur Delvaux, beaucoup plus sur Magritte. Je dus revenir aussi dans les plus belles pages des Bruegel l’Ancien, Jérôme Bosch, Paul Rubens. Ainsi je trouvais d’où vient votre chemin de croix hyper belge aux trois Jésus, crevant la face ouverte après leur gym de la bière, portant des caisses dudit breuvage national, écrasés de douleurs pour gagner leur Ciel.

Je fus prise d’un coup de révolte face aux horreurs de votre passé colonial, sa violence, écoeurée par les jeux de mots sur le sang noir et le sale fric, sang noir et sale fric qui servirent à construire beaucoup de vos belges bâtisses ( j’ai dit bâtisse hein, pas fermette, ni coterie !). Je fus consternée par vos heures de plus grand pays exportateur d’armes légères d’Europe, par l’effrayant épisode du gaz moutarde. Fébrilement, je cherchais sur youtube le refrain de la Muette de Portici d’Auber : amour sacré de la patrie, rends nous l’audace et la fierté.A mon pays, je dois la vie, il me devra sa liberté… Puis j’essayais de me souvenir de certaines de vos lois – revues à la poignée ironique de votre constitution de Troubleyn /Jan Fabre, toute particulière !- lois d’interdiction, par exemple : il est interdit d’appeler sa vache Fabiola. Lois des possibles, autre exemple : il est possible d’être belge !

Et je vous revoyais suer liquides et bières, roter plus de mille à la lune, à la pluie, au Ciel gris, dans vos sublimes must fabrien qui sont de confronter l’humain au bout du bout des bouts de lui-même, de toucher de près l’état modifié de conscience qui s’ensuit quand on se purge ainsi de soi, quand on va ainsi se chercher en soi, par l’endurance poussée à l’extrême. Je regardais alors, consternée, mon vélo d’appartement, et en mesurais d’autant plus votre splendeur physique, votre panache, votre courage à pédaler sur les pavés du Nord. Rien trouvé sur le net de vraiment probant sur le scandale des ballets roses, toujours inexpliqué, toujours caché.

Me suis vivement réjouie, tellement réjouie de constater que j’allais en avoir encore pour des jours et des jours à venir et revenir sur votre oeuvre d’amour à votre petit pays. J’en fondis en larmes – pas comme celles d’une certaine majorette !- de ces larmes qui déferlent quand on s’est pris, au delà de nos plus belles espérances, la preuve que l’implication de l’amour, qui encourage la communion des coeurs, vient à bout de tout, absolument de tout, de toutes les détresses humaines, de toutes les misères que l’on peut se faire. Alors on pleure, alors on danse.

J’ai soigneusement posé sur ma table de chevet la Bible de Belgian Rules-Belgium Rules, par dessus celle de Mount Olympus.

Et le sommeil vint me proposer enfin son voyage. Jacques Brel, Adamo faisaient route avec moi pour aller jusqu’aux bras de Morphée.Cette nuit, dans un Ciel jonché de Chats en peluche, ce dernier sentait délicieusement bon la pipe. Il philosophait avec un certain hérisson belge, hérisson dont le bidon avait l’air si doux et tendre, comme l’était le son produit par l’entrechoquement de ses piquants. Ils se marraient tous les deux, beaucoup. Ils nous disaient : soyez belge si vous osez !

Mais c’est alors qu’il me faut interrompre ma chronique. Car, au nom d’une de vos lois, il est interdit d’être enthousiaste quand on l’est déjà !

Mzé

Prochaines dates en France : Martigues, Théâtre des Salins, du 12 avril au 14 avril 2019

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images: photos Wonge Bergmann

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