« LE ROYAUME », COMEDIE ECHEVELEE ET EBOURIFFANTE !

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CRITIQUE. « Le Royaume » d’Oscar Gomez Mata. D’après « Riget (L’hôpital et ses fantômes) » de Lars von Trier et Niels Vorsel – Au théâtre de Vidy-Lausanne du 5 au 9 mars 2019

Echevelée, cette comédie, ébouriffante et échevelée! Et pas seulement pour cause de perruques !

Fidèle à son concept, Oscar Gomez Mata, comme lors de sa précédente pièce « le Direktor », organise le jeu des comédiens en incluant le public. Les personnages s’adressent autant aux spectateurs qu’à leurs partenaires. Un exercice efficace puisqu’en trois heures et demie de spectacle, pas moyen de s’ennuyer!

Il faut dire que les rebondissements ne manquent pas. Nous voilà, nous les spectateurs, invités à assister à un incroyable remue-ménage dans le milieu hospitalier. L’hôpital de Copenhague, bâti sur d’énigmatiques anciens marais, est surnommé le Royaume. En effet, son organisation ressemble un peu au système médiéval : le seigneur et sa cour (le professeur, les médecins et le personnel soignant) règnent sur une population de vassaux (les malades) ignorants qui doivent foi et hommage à leur science. Seulement, ce haut-lieu de la connaissance scientifique est envahi par des phénomènes surnaturels. Dans ce labyrinthe réel et métaphorique, contrariant la raison dominante, un esprit vagabond et affligé se manifeste sporadiquement dans l’ascenseur (!). La superstition va-t-elle détrôner la raison? La spiritualité renverser la science?

La sorcière de service est Mme Drusse, une patiente. Ouverte à l’univers des mondes parallèles, elle mène l’enquête à coup de rituels et d’incantations pour découvrir ce qui provoque les lamentations de cette âme en peine, une petite fille, dont on aperçoit l’ectoplasme ou le visage lors de brèves séquences effrayantes, vite tournées en dérision par l’un ou l’autre des protagonistes.

Le professeur Helmer est fraîchement débarqué de Suède. Il entretient un racisme féroce à l’égard de ces «Putains de danois!». L’interne Hook le soupçonne rapidement d’incompétence et d’imposture. Une seconde enquête se met en place pour démasquer ce potentat.

Dans le même temps, Bondo, un infirmier, se meurt d’amour pour Judith, brillante chercheuse en neurologie dénuée d’amour-propre. Il s’avère qu’elle est enceinte d’un autre, ce qui ne refroidit pas l’ardeur de son prétendant. Une troisième intrigue se noue.

Voilà pour la trame. Le développement dégagé par la mise en scène est jubilatoire. Les comédiens se livrent à des chorégraphies déchaînées. Les scènes de dialogues face au public sont assorties d’arrière-plans hilarants où le personnel et les malades composent des postures loufoques et débridées. Les neuf comédiens, revêtus de tenues de sport ou de combinaisons collantes couleur chair passent à vue par l’uniforme médical ou par la tenue monacale d’une ligue ésotérique. Ils bondissent de perruques en capuches, rendant le plateau explosif et hilarant. L’épouvante est immédiatement côtoyée par l’humour.

Dans une ambiance frénétique, la pièce poursuit son avancée, morcelée et pourtant cohérente. Le déroulement s’accompagne d’une atmosphère sonore aussi rythmée et enlevée que le récit et la mise en scène. Contribuant aux renversements des situations, les morceaux de musique techno ou rock effrénés voisinent avec de douces chansons de Cabrel ou Nougaro ou des mélopées africaines évoquant les rites vaudou.

Les spectateurs font partie intégrante de l’action, ils sont tancés, hélés, pris à témoin. Ballottés entre la réalité de la représentation théâtrale et la fiction de la pièce, ils sont manoeuvrés par des comédiens qui improvisent sur l’actualité, l’inclination politique ou le lieu géographique.

La cohésion de la troupe se ressent intensément. La complicité des comédiens et la souplesse de leur jeu donnent de la fluidité à la teneur disloquée du récit. Leur travail sur la voix «spectrale» est impressionnant. Ils jouent aussi avec dérision de leurs accents locaux. Le professeur Helmer se rassurant de mots suédois comme Volvo ou Ikea, Camilla provoquant l’ire du médecin en hurlant « Naturopathie, homéopathie! », le fantôme de Judith survolant les fauteuils des spectateurs, la séance d’hypnose anesthésique : les moments d’humour délirants abondent.

La scénographie est bourrée d’idées astucieuses. Un grand écran projette épisodiquement silhouettes fantomatiques, sinistres brumes ou images filmées en direct. Quelques scènes particulièrement trash produisent des chocs visuels retentissants! De saisissants effets de lumière accompagnent le climat oppressant des scènes surnaturelles et un astucieux dispositif de plusieurs miroirs mobiles ajoutent aux artifices de la réalisation.

Au final, lequel est couronné en direct par l’accouchement avorté d’un esprit démoniaque, ce spectacle burlesque et désopilant réjouit par sa truculence et sa virtuosité. A voir absolument pour mêler trash délirant et humour décapant! N’oubliez pas qu’il faut « Toujours prendre le bien avec le mal »!

Culturieuse

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