« CAO SEM PLUMAS », DANSE VISCERALE ET POLITIQUE

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CRITIQUE. « Cão sem Plumas » (Chien sans plumes) – compagnie Deborah Colker – Vu au Théâtre de Grasse le 26 janvier 2019.

Ils sont quatorze danseurs et vont évoluer devant un grand écran projetant un film en noir et blanc. Les artistes seront tous présents sur scène durant tout le spectacle. Le décor est sobre. Quelques grands casiers de bois qui prendront vie avec les corps dans le dernier tableau.

La musique électro enveloppe le spectacle; c’est un personnage à part entière qui pénètre en nous. La lumière toute en clair obscur éclaire les corps enduits de boue qui se confondent avec le film projeté, renforçant l’impression d’une mise en relief, puissante et organique.

Deborah Colker ballerine et chorégraphe brésilienne est née en 1961 à Rio de Janeiro. Riche d’un parcours aux résonances multiples (ballet, clip vidéo, mode, cirque, parades de samba), elle met en scène ce spectacle de danse et suit sa troupe jusqu’à Grasse.

Elle a bâti cette chorégraphie pour donner suite aux poèmes de João Cabral de Melo Neto. Ces textes mettent en lumière le fleuve Capibaribe qui coule du haut des plateaux désertiques jusqu’à Recife la capitale du Brésil.

Ils ont été écrits à Barcelone par le diplomate brésilien João Cabral lorsqu’il apprend que l’espérance de vie en Inde a un taux supérieur à celui de sa ville de Recife. C’était en 1950, et c’est donc cette situation économique qui donne envie au poète de se lancer dans cette écriture « politique ».

Huit tableaux chorégraphiques sont créés : Alluvium, River and streams, Big crabs, Sugar cane field, Dog river, Mangrove, Herons, City. Chaque tableau représente une partie du fleuve.

Cláudio Assis le réalisateur du film a parcouru tout le fleuve Capibaribe depuis sa naissance jusqu’au delta de l’embouchure dans Recife. Il capte l’ambiance désertique des sources, des mangroves et pour finir, de la ville. Il y met en scène de jeunes humains toujours recouverts de boue sèche pour illustrer leur extrême dénuement et leurs racines.

Jorge Dü Peixe, un des instigateur du style « Mangue Beat » crée une musique électro en studio explorant le coco, le maracatu, mais aussi d’autres sons non présents dans ce style. Cet univers sonore crée un noeud viscéral en nous qui ne se relâchera que quelques jours après.

Le final, dans la ville est typique des cartes postales des pays en cours de développement. Les danseurs jouent avec les grands casiers de bois qui représentent les bidonvilles au bord des rivières. Ils les assemblent, les déplacent, les font tourner. Les corps s’entremêlent, se hissent, plongent, glissent, escaladent. Ils sont en vie.

C’est une belle performance où chaque danseuse et danseur fait exploser son professionnalisme et son talent dans le domaine classique, contemporain et traditionnel. Il faut absolument se déplacer pour voir ce spectacle rare.

Annick & Emmanuel Bienassis

Avec Bianca Lopes, Dilo Alberto, Gabriela Fonseca, Igor Martins, Isabella Accorsi, Isaias Estevam, Jaime Bernardes, Luan Batista, Luisa Vilar, Mozart Mizuyama, Olivia Pureza, Paula Damiane, Phelipe Cruz, Pilar Giraldo.

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