« LES OUBLIÉS » : LE BIRGIT ENSEMBLE ÉCHOUE PAR EXCÈS DE DIDACTISME

CRITIQUE. « Les Oubliés (Alger-paris) » – Birgit Ensemble – Texte et mise en scène de Julie Bertin et Jade Herbulot – Le Birgit Ensemble, avec la Troupe de la Comédie Française. Du 24 janvier au 10 mars 2019 au Théâtre du Vieux Colombier, Paris. 

Le Birgit Ensemble échoue par excès de didactisme.

Le duo du Birgit Ensemble investit pour la première fois La Comédie Française en s’engageant avec la troupe du Français dans une écriture de plateau pour questionner l’Histoire trop souvent tue et refoulée de la Guerre d’Algérie et son héritage sur les générations d’aujourd’hui. L’intention avait de quoi captiver et le synopsis se révélait plein d’intérêt. 2019, mairie du XVIIIème, Karim et Alice se marient, les langues se délient, le passé refait surface. 1958-61, bureau de l’Élysée, De Gaulle se débat face à la crise algérienne et pose les bases de la Vème République. Passé et présent se succèdent, petites et grandes histoires se mêlent pour interroger la mémoire collective et les conséquences de l’oubli et du non-dit.

Très alléchant sur le papier, le projet s’avère peu convaincant en réalité. En cause, l’approche très didactique et trop démonstrative dans laquelle la pièce se perd et nous perd. Les faits et le propos historiques sont abordés sous un angle trop scolaire pour percuter : un des protagonistes disserte sur le symbolisme de Marianne, quand le personnage de De Gaulle expose méthodiquement ce que seront les fondements de la Vème République, ou que d’autres encore nous expliquent la signification de l’OAS, ou qui sont et d’où viennent les pieds noirs… Tout cela paraît un peu plaqué mais pourquoi pas, il faut bien poser les bases si tout est oublié. Et après ?

Le problème c’est qu’au-delà, l’enjeu dramaturgique se révèle plutôt pauvre. Les histoires de famille se dévoilent sans réelle intrigue lors de cette fête de mariage, chacun racontant tour à tour le lien qu’il entretient avec l’Algérie. Scènes politiques du passé et scènes intimes du présent s’intercalent sans résonner véritablement entre elles. Où est le liant finalement entre Grande et petites histoires ? Ce glissement subtil qui nous permettrait d’être témoins ou même de vivre le poids de l’héritage, les plaies toujours ouvertes de la mémoire, les répercussions de l’Histoire sur les hommes et les empreintes des actes passés sur le présent ? Problème d’identité, déracinement, refoulement, traumatisme, amalgames racistes, difficulté d’intégration, tout cela est évoqué dans les discours mais reste en surface, peine à prendre corps dans le vécu des personnages…

Les symboliques convoquées étonnent même par leur ultra simplisme : une fuite d’eau pour illustrer qu’hier comme aujourd’hui, la République prend l’eau et que sans plan de réparation de fond, les dégâts peuvent être très importants ! Nous prend-t-on pour des benêts ? On va même jusqu’à nous préciser à chaque changement de tableau si nous sommes en 2019 ou 1958/61 de peur de nous égarer entre deux flashbacks. Ce n’est pas cela qui nous perd mais le sens à donner à ce qui nous est présenté.

La pièce s’enferme dans une démonstration assez binaire, manque de substance pour faire réfléchir, interpeler sur un sujet pourtant si riche et complexe. Ce qui gêne et frustre au final, c’est de ne pas avoir fait plus appel à notre intelligence, celle du spectateur, quitte à prendre le risque que certains faits historiques puissent nous échapper, de perdre un peu la Grande Histoire pour nous raconter aussi une histoire de vies, simplement ; de ne pas avoir plus creusé l’intériorité de chaque protagoniste pour créer l’effet miroir recherché entre l’intime et le politique.

Comme vous l’aurez compris, je suis restée sur ma faim !

Marie Velter

Photos C. Raynaud de Lage

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