« LA CHUTE »: QUEL EST LE SENS REEL DE LA LIBERTE ?

CRITIQUE. « LA CHUTE » – D’après Albert Camus – Adapté par Vincent Engel et Lorent Wanson – Avec Lorent Wanson – Jusqu’au 9 février 2019 – Petite salle – Théâtre Des Martyrs – Bruxelles.

Une adaptation centrée sur les confessions d’un avocat : l’art de l’égoïsme et le sens réel de la liberté : mensonge ou vérité ? Un « chemin de reconstruction » est-il au final un « engagement sincère » ?

Le texte / La scène : Quelque part dans un bar glauque à Amsterdam: sur scène des chaises, un piano, un décor aux motifs géométriques du sol au plafond. Un homme seul se raconte. Il se proclame « juge-pénitent ». Jean-Baptiste Clamence est un ancien avocat au barreau de Paris. Au fil de son histoire, on découvre qu’il est d’un égoïsme extraordinaire, égocentrique à souhait. Certes brillant, il s’aime plus que tout, ne se remet jamais en question. Un soir pourtant, un évènement dramatique va bouleverser sa vie et le perturber au point de se mettre à nu, loin des lieux qu’il fréquentait jadis dans la ville lumière : une jeune femme se jette dans la Seine depuis un pont qu’il traverse au même moment. Il poursuit son chemin sans même se retourner. Jean-Baptiste, les traits tirés, va prendre conscience de sa vanité extrême, de son orgueil. Les souvenirs lui reviennent en mémoire et il évoque son passé d’avocat, mais aussi ses relations avec les femmes. Assise sur une chaise dans le fond du bar, une femme, justement, l’observe et rit. Défenseur des nobles causes ? Réalité ou mensonges ? Remords ? Aux sons de Bach et de Bashung, voici les confessions accablantes d’un homme à la culpabilité désormais sans fin.

Mise en scène / Adaptation : Qui ne connaît pas la dernière œuvre achevée d’Albert Camus “La Chute”, pour lequel il reçoit le prix Nobel de littérature en 1957, un an après sa publication ?

Écrivain, metteur en scène, critique littéraire, chroniqueur, professeur de littérature contemporaine à l’UCL, on peut dire que Vincent Engel collectionne les casquettes. Avec Lorent Wanson, metteur en scène lui aussi, directeur artistique du Théâtre Épique, et j’en passe, ils adaptent « La Chute » d’Albert Camus, auteur que les deux compères admirent.

Pour Engel, « toutes les adaptations qui avaient été faites de ce roman se contentaient de découper le texte simplement pour en faire du théâtre » ; le prétexte ? « qu’il est écrit à la première personne du singulier ». Pour cet auteur, il s’agit « d’un non-sens puisque c’est un roman ». Il « mûrit » cette réflexion et décide d’en parler avec Loren Wanson, qu’il imagine parfaitement dans le rôle de ce brillant avocat. D’emblée, Loren accepte la proposition d’adapter ce texte, se l’approprie et y joue. Une évidence pour lui : « une forme d’aveu à un moment précis de son parcours » et presque immédiatement, associe cette idée au Liégeois Fabian Fiorini, l’excellent musicien, compositeur, arrangeur / piano (on se souvient de sa prestation dans « l’Attentat » – voir critique BDO-T) . En effet, ce dernier accompagne au piano ce spectacle d’une sincérité telle, que l’on ne respire plus pour mieux écouter. Lorsque Fiorini n’est pas lui-même au piano, c’est le musicien Renaud Crols, qui participe occasionnellement à « La Chute ». Renaud Crols, violoniste et pianiste, premier prix de violon au Conservatoire Royal de Liège. Il se produit avant tout dans les cercles de swing manouche, mais également de jazz, bien que la musique classique n’ait aucun secret pour lui.

Cette adaption Engel/Wanson interroge sans nul doute sur le sens et la liberté. Sanson qui aime « donner la parole à ceux qui ne l’ont jamais » se fait accompagner sur le plateau par Viviane Dupuis (la femme au fond du bar) qu’il a rencontrée pour la première fois lorsqu’il a monté son spectacle « Les ambassadeurs de l’ombre » où participaient des familles vivant dans la grande précarité. Un spectacle symbolique, devenue la spécialité de Lorent. Pour lui, la présence de Viviane sur scène dans « La Chute » est non seulement importante, mais également un « clin d’œil » qui remet en question « la sincérité profonde de l’acte de générosité » que prônait l’avocat parisien dans sa vie tant de plaidoirie que personnelle.

« La Chute » d’après Camus au Théâtre des Martyrs, à voir assurément !

Julia Garlito Y Romo

Conception : Fabian Fiorini, Lorent Wanson – Jeu : Lorent Wanson avec la participation de Viviane Dupuis – Piano : Fabian Fiorini avec la participation occasionnelle de Renaud Crols – Assistanat à la mise en scène : Bernard Gahide avec la collaboration de Viven De Vriese. Scénographie : Vincent Lemaire. Chorégraphie : Johanne Saunier. Lumières : Philippe Sireuil. Régie : Antoine Halsberghe. Avec la participation amicale de Pietro Pizzuti, de Lisa Debauche et d’écoles de Schaerbeek.

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