« THE SCARLET LETTER », LA PASSION AUSSI FORTE QUE LA PESTE

CRITIQUE. The Scarlet Letter – mes Angélica Liddell – Jusqu’au 26 janvier au Théâtre de la Colline.

« Je cherche le triomphe de l’esprit sur la chair, quand la chair a subi toutes les déceptions possibles, Dieu et l’Etre Aimé se confondent, et la Passion est aussi forte que la foi, la faim et la peste. »
– Angélica Liddell, Via Lucis, Les Solitaires Intempestifs, 2008

Angélica Liddell, metteuse en scène, performeuse, auteure et interprète espagnole connue pour sa provocation et sa furieuse liberté revient à Paris pour nous offrir une version très librement adaptée de La lettre écarlate de Nathaniel Hawthorne. Hester Prynne, dans la société puritaine du XVIIème est condamnée à porter la lettre A brodée sur son habillement, marque du péché impardonnable qu’elle a commis en ayant été mise enceinte par le prêtre du village qu’elle ne veut dénoncer. A comme adultère, mais A comme Angélica, A comme Artiste, A comme Artaud …

Comme dans le roman, la signification du A évolue au fil des tableaux. Les tableaux baroques teintés de clair-obscur typique du Caravage évoquent le désir et la beauté qui émerge de la souffrance. Une société fondée sur la culpabilité du premier homme. La première scène débute avec Adam et Eve, beaux et purs, jouant – non sans tension sexuelle – autour de la tombe de Nathaniel Hawthorne. Et si, la faute commise était une volonté de transgression, une envie de brûler de désir ?

« Désobéir, voilà un verbe qui rime assez bien avec désirer.
Désobéir est aussi antique, souvent aussi urgent, que désirer. […]
Et comment ne pas, une fois de plus, convoquer les mythologies
d’Atlas ou de Prométhée ? Ou l’histoire d’Ève ? Celle-ci n’aurait-elle
pas désobéi en toute connaissance de cause ? Non pour suivre les
pernicieux commandements du serpent mais, tout simplement,
pour assumer avec ferveur son vœu de connaître et de désirer,
quitte à en subir tous les contrecoups : les douleurs de l’enfantement,
les peines du travail et, même, la condition mortelle ? Désobéir :
ce serait le refus en acte et, tout ensemble, l’affirmation d’un désir
en tant qu’irréductible.
»
— Georges Didi-Huberman, Soulèvements, éditions Gallimard, 2016

Angelica Liddell s’empare du roman de Hawthorne pour en faire une critique pas très politiquement correcte de la vague féministe #metoo, clamant avec virulence son amour pour les hommes, leur corps, leur esprit. Pulsions et souffrance. Désir et Douleur. Amour et humiliation. Son hurlement est un cri de fureur s’élevant contre la domestication des instincts qui contrôle notre société régie par la raison. La béatitude est mêlée à la faute, le vice à la vertu.

Derrière les rideaux pourpres, les corps tendus de désir s’arc-boutent au rythme d’une musique mystique. Dans The Scarlet Letter, un spectacle brûlant d’insolence, l’artiste espagnole, aborde les thématiques qui lui sont si chères – sexualité, transgression et morale contemporaine. Elle refuse la répression des pulsions qui prime dans une société aseptisée qui est la nôtre et ouvre un questionnement sur l’art et le rôle de l’artiste. Pour elle, être artiste, c’est être un paria, car c’est dans les vices de l’humanité – dans les méandres des instincts et des pulsions que peut éclore la beauté. « L’art sera toujours transgression car il inverse les règles sociales et fait de l’immoralité une éthique. » (Angélica Liddell);

Anouk Luthier

Photos Simon Gosselin

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