« KOPERNIKUS », INTRODUCTION AU LANGAGE DES ANGES

CRITIQUE. Kopernikus – Opéra de Claude Vivier – mise en scène de Peter Sellars – Théâtre de La Ville (Espace Cardin), Paris – Du 4 au 8 décembre 2018.

Coincé entre l’Elysée, la place de la Concorde et les contre allées du bas des champs Elysées, l’espace Cardin est depuis quelques temps déjà une antenne du théâtre de la Ville. Dans ce lieu chargé d’une aura liée à la haute couture, et au raffinement, a pris place, le nec plus ultra du spectacle vivant.

J’en veux pour preuve « Kopernikus », l’opéra de Claude Vivier mis en scène ici bas par Peter Sellars dont l’interprétation pétrie d’authenticité et de simplicité donne au spectacle la véritable empreinte du luxe.

C’est donc à un rituel que nous allons participer, un rituel du passage de vie à trépas. Un rituel de purification de l’âme qui se libère peu à peu des noeuds terrestres pour mieux flotter en toute liberté, dans un recommencement éternel,

Nous serons accompagnés dans ce petit voyage par les voix des anges et celles des personnages de l’opéra de Claude Vivier aux noms aussi évocateurs que les contes de fées les plus étranges, s’exprimant dans un langage issu tout droit de l’imaginaire fécond du compositeur lui même en lien direct avec le monde subtil dont il se fait l’intermédiaire. Car la musique de Vivier est avant tout céleste.

Nous sommes donc dans une salle de spectacle mais aussi dans un espace qui rappelle les amphithéâtres de la Sorbonne ou de l’école de médecine avec leurs estrades en bois, leurs lampes en cuivre et leur cadavres. Parce qu’un homme est allongé de tout son long sur la table au centre de la scène et que cette histoire est celle d’une dématérialisation, d’une purification, d’un changement d’état.

C’est avec lui que nous allons faire ce voyage accompagnés par les voix des eaux, la reine de la nuit, Isolde, les voix cosmiques, Tristan, les visionnaires, Merlin, et l’aveugle prophète, Lewis Carroll et une Alice. Les voix qui sont autant d’incantations aux forces de la nature, réminiscence de l’univers de l’enfance, auquel on accède par flash, annonciatrices, accompagnatrices, connectant l’âme humaine avec des forces d’un monde subtil, ou l’art se fait acte sacré, et s’organise pour communier avec ces éléments dans une vérité retrouvée. Et Vivier écrit dans ses notes : « toute révolution véritable n’est faite que pour remettre une civilisation qui s’en est détachée sur le chemin de ces forces »

Et de citer la mère fondatrice avec Sri Aurobindo d’Auroville :
« le monde se prépare à un grand changement veux tu y participer ? »

Peter Sellars a donc mis en scène dans cette mort symbolique de l’individu au travers de la musique de Vivier, un passage. Peut-être la mutation au travers d’un homme d’une société toute entière.

Tout le monde le sait, la mort n’indique jamais une fin mais toujours une porte ouverte vers un ailleurs. La musique de Claude Vivier, les chanteurs habillés de blanc éclairés à la lueur de leur I pad nous accompagnent pour en franchir le seuil. La musique agit comme une vaste méditation, qui transporte le public d’un moment à un autre, du début à la fin de ce spectacle comme le ferait un engin mécanique, une pelleteuse avec un monceau de terre.

En réalisant cet acte symbolique de mettre en scène ce passage Sellars montre à quel point il est concerné par l’évolution du monde et l’avènement d’un changement total de société, la nôtre arrivant à son terme par la force des choses et de l’évolution de notre espèce.

Certains croient au pouvoir d’achat, d’autre à la protection de la planète, d’autres à la mutation des homos sapiens que nous sommes. Claude Vivier croit en l’art et à son rôle central et son opéra est monté au bon moment.

Alors que tous prennent conscience du changement qu’il va nous falloir opérer, comme les poissons ont vu se pousser des ailes puis des pattes, l’opéra divin et céleste de Claude Vivier résonne comme un baume, une consolation, un réconfort vers l’inconnu, il donne à toucher du doigt un monde onirique lié à la source de l’être, une famille de fantômes, un compagnonnage d’esprits commun aux grandes forces de la nature qui par le biais de cette musique étrangement dissonante et en même temps harmonieuse, tout en trombone et trompette, légère et pénétrante préside à notre passage dans un monde meilleur, et agit comme un guide.

Claire Denieul

Photos David Daurier, Vincent Pontet, Dr

 

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