« UN FAIT DIVERS » : LE RACONTER C’EST OSER… TOUT EN PUDEUR

CRITIQUE. UN FAIT DIVERS, de et avec Laure Chartier, Mise en scène Aurélie Trivillin Bruxelles – Théâtre LE PUBLIC, à Bruxelles jusqu’au 01/12/18.

L’histoire vraie : C’était il y a cinq ans, mais ce serait être aujourd’hui que cela ne changerait rien. C’est un crime qui a été commis, et non pas un délit comme le stipule la loi belge…

Imaginez Bruxelles. Bruxelles lorsqu’on est fraîchement arrivé, un projet en tête et des souhaits pour cette jeune comédienne française. La ville, l’ambiance, les amis, la vie tout simplement. Mais le lieu n’a aucune importance. C’est ce quelque chose qui arrive à cette jeune fille. Elle qui travaille pour payer ses études et qui danse avec ses amis aussi, car c’est la vie, encore une fois, tout simplement. Comme pour vous et moi. Comme pour nous tous. Sauf que, il paraît que « généralement, on ne la remarque pas particulièrement ». Une fille que l’on ne « fixe pas forcément dans la foule ». Et pourtant, un soir, en marchant dans la rue, elle est suivie…

Et après ? Après c’est toute cette machine administrative, l’incompréhensible, une attente longue et cruelle, surréaliste, subie après un traumatisme, après un viol en possession d’une arme. Police, juges, médecins, avocats, psy-conseil, tribunal correctionnel et les mois qui passent car, il ne faut pas « exagérer » ni « en faire une montagne » … il n’y a pas « mort d’homme », juste un « délit ». Rendez-vous compte… le viol classé comme un « délit » et non pas un crime… Heureusement, il y a la famille et les amis, et parfois même le rire. Car il vaut mieux en rire qu’en pleurer. Mais est-ce suffisant pour casser les tabous et les lois sur un sujet comme celui-là ?

L’auteure / La mise en scène : Comédienne en France et en Belgique (on se souvient, entre autres, des  » Faux British  » -voir critique BDO Tribune ; mais aussi « La Dame de chez Maxim » de Feydeau ou « Jeux de Massacre » sous la direction d’Yves Claessens) Laure Chartier a déjà prouvé son talent à mainte reprise. Mais voilà, elle a subi un viol. “C’est plus facile à écrire qu’à dire” dit-elle et, loin de se positionner en victime, elle va se découvrir un talent d’écriture et va nous raconter son histoire tout en pudeur, avec une touche d’humour. Prenant la parole, sans « vengeance personnelle », ni « dénonciation » mais tout simplement avec l’idée de « témoigner via une forme théâtrale » elle crée « Fait Divers ». Ce sont les « dysfonctionnements généraux » qui vont la pousser à écrire un texte qu’elle avait déjà en tête en vivant le long processus judiciaire et à l’insensibilité ambiante qui a suivi le viol. Laure ne veut pas être classée dans la case « stéréotype », « statistique » ou « victime » comme elle l’aura souvent entendu. Les statistiques, les mots qui font mal, les lectures qui marquent, les « discours qui blessent » :

La parole se doit d’être libérée ! Et pour se faire, la jeune femme, déjà comédienne, devient auteure et cela lui plaît. L’expérience de l’écriture lui révèle le goût de continuer et elle fonde, avec la metteure en scène Aurélie Trivillin et l’assistante à la mise en scène, Sania Tombosoa, la compagnie « Le brame de la biche ».

Diplômée du conservatoire Royal de Mons, la metteure en scène, Aurélie Trivillin, intègre la troupe du Théâtre Le Public en 2013, d’abord en tant que comédienne, avec de nombreuses pièces à son actif. Pour « Fait Divers » elle signe une mise en scène sobre. Un décor de fond représente une discothèque. Laure est seule sur scène. Un micro, une chaise haute. Elle est

« Fait Divers »
Il a fallu une pause entre sortir du spectacle et écrire la critique pour comprendre ce qui n’allait pas dans l’ensemble de cette mise en scène. Un texte fort qui mérite que l’on s’y intéresse de près. Une force intérieure admirable pour l’interpréter après l’avoir vécu. Mais, s’il est vrai que l’idée de le jouer avec un certain détachement, voir une prise de distance importante pour le raconter sans jouer les victimes (et, vraiment, chapeau pour cela), il y a cependant quelques moments creux, qui ne rendent pas, du point de vue purement « spectacle » l’émotion que le public attend peut-être.

« Fait Divers », un spectacle sincère qui nous fait voir les nombreuses failles d’un système, qui nous porte à nous questionner sur tout ce que cela « engendre pour ces femmes victimes de viol » et « représente en énergie, en temps, en argent ». À voir ? À vous de voir.

Julia Garlito Y Romo
Vu le 16/11/2018

Assistante à la mise en scène : Sania Tombosoa ; scénographie & costumes : Delphine Coërs ; lumière : Laurent Kaye ; régie : Sam Seraille.

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