« FASHION FREAK SHOW » : JEAN PAUL GAULTIER SE PAYE SA FOLIE

CRITIQUE. « Fashion freak show » – Jean Paul Gaultier – actuellement aux Folies Bergère, Paris.

La rue des Petites écurie à Paris est une des plus charmantes et en même temps vétuste de la capitale, les pots de fleurs montés en graine forment de petits arbres sur la façade des maisons au dessus de restaurants arméniens et de grosses statues de bronze encadrent les portes cochères, c’est un Paris un peu désuet, emblématique comme le Moulin rouge d’un tourisme traditionnel où Jean Paul Gaultier a choisi de réaliser son rêve d’enfant : un show aux Folies Bergère.

Contrairement au théâtre de la Colline ou à celui de Bagnolet où la banalité du mobilier assisté de quelques plantes vertes, ramène immanquablement au bureau du dentiste ou celui du gynécologue, les Folies Bergère, elles arborent velours et dorures à gogo, petits miroirs et diamants en toc. Tout brille, et la moquette d’un bleu un quand même un peu passé vous ramène à la belle époque des revues luxueuses où les trucs en plumes à foison et les fessiers musclés de ces messieurs dames enchantaient un public populaire.

Pour s’allier à ce passé flamboyant Il aura fallu à Jean Paul Gauthier le talent de la surenchère. Le spectacle entier qui dure deux bonnes heures est en fait un vaste défilé de mode rehaussé de rétro projections qui font monter le grand escalier jusqu’au paradis. De la salle aux fauteuils râpés, le contraste du luxe, des paillettes et de la lumière est saisissant. L’homme de Jean Paul Gaultier est un humain décomplexé, transgenre et très sexué. Il s’est emparé de tous les attributs féminins pour les mettre à sa sauce. Jamais je n’aurais vu d’éphébe musclé plus viril qu’en robe bustier à grand décolleté de fourrure et traîne ondoyante, magnifique pièce de tissus, imprimant dans l’ondulation de ses fibres, la force d’un pas souple et décidé. Le mâle de Gaultier c’est la pâmante vision de l’homme et la femme à la fois accompagnée d’un délire jubilatoire de couleurs de formes et de matières.

Les tableaux se succèdent, accompagnés en fond sur la toile rétro-projetés, des égéries de Gaultier, Catherine Ringer, Line Renaud, Micheline Presle… comme des bonnes fées, elles veillent sur les transformations du corps des mâles et femelles aux seins ultra pointus, corps féminin fantasmé du couturier.

L’amour, le sida, la chirurgie esthétique, le sexe, la fête, les thèmes comme les vêtements de toutes sortes défilent, court devant long derrière, long devant et rien derrière, manches à soufflets, jupes, kilts, traînes géantes, robes de tzarines et de cosaques à la fois, femme poilue, femmes pointues, corsets roses à plis boudins et cornets. Délire vestimentaire barré et baroque.

Le corps de l’homme est magnifié, ses muscles enrobés dans des coques grossissantes, délire expressionniste qui en fait une sorte de mutant. Le spectateur médusé assiste sans respirer à une espèce d’explosion vestimentaire et couturière, galons, baleines, capes, robes à paniers, robes sculptures, calicots et calots, jusqu’à une apocalypse joyeuse où seul le vêtement reste en scène. On avait vu il y a deux ou trois ans une exposition au Grand Palais du travail du couturier mais sur des mannequins inertes. Ici aux Folies Bergère le vêtement est vivant, Il bouge à sa guise, tressaute, virevolte, respire, ondule. C’est une jubilation supplémentaire.

A la sortie, une ribambelle de produits dérivés vous attend, entre deux punks à crinière, debouts, à poil sur des chevaux immenses peints en laque noire. Et, spectacteur tu es vraiment content même si la fête est finie, tu peux toujours te faire photographier devant la toile peinte du bar ou aller humer l’odeur du mâle exposée dans de petits flacons vaporisateurs, de part et d’autre du stand de vente.

Et longtemps ta rétine gardera imprimées cette profusion, ces couleurs, cette liberté de créer et d’être.

Claire Denieul

Images Luke Austin

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s