« LA FOLIE LEAR », UNE TENTATIVE D’ELUCIDATION

CRITIQUE. « La folie Lear », conception : Serge Martin, mise en scène : Christian Geffroy-Schlittler, scénographie : Les Ateliers du Colonel. Au théâtre de Vidy, Lausanne, jusqu’au 10 novembre 2018, puis du 13 novembre au 1er décembre à la Comédie de Genève.

C’est un projet. Un projet multiplié par trois. « Nos Lear ». Celui de Shakespeare en 1606, de Thomas Bernhard en 1976 et de Rodrigo Garcia en 2003. La version présente Lear, ce roi qui trouvera la sagesse en devenant fou, comme un personnage, mais aussi un acteur et enfin un individu.

Le projet de Serge Martin, celui que ce spectacle documente in vivo, serait d’associer le mythe du personnage de Lear à une folie libératrice, une folie éclairante. C’est donc à une dissertation que nous assistons, à une tentative de compréhension du monde au travers du fol, de l’emmerdeur, ce Lear passé au tamis du temps. Un bon diable qui bousculerait nos certitudes.

La petite scène de la salle de la Passerelle, limitée par une paroi carrelée de papier japonais, est meublée d’une table de travail et d’une desserte sur laquelle les maquettes des trois scénographies de Lear sont représentées. Par un jeu de caméras directes, le comédien se filme et est filmé, l’image étant simultanément projetée sur la paroi. S’adressant au public, le prenant à témoin, ou jouant des extraits des trois pièces, Serge Martin exulte dans ce rôle qu’il a lui-même redimensionné. Plus que les égarements mentaux de Lear, c’est son errance qui interroge. Parcourue d’images de la folie des humains (guerres et attentats), la pièce déambule entre la légèreté de petites folies libératrices et les tragiques épreuves des trois Lear théâtraux. Et c’est bien ainsi que s’établit la posture de notre monde occidental : assister à des drames morcelés par les médias, suivis de futiles distractions.

Un jeune homme (Florestan Blanchon) appuie avec sollicitude les efforts du vieux roi. Le fils de Cordélia, la fille préférée, puis bannie de Lear. Lorsqu’il quitte le théâtre, sac au dos, le futur entre ses mains, le fardeau paraît léger.

Au-delà de l’admirable jeu d’acteur et d’un processus scénique original, il est difficile de s’immerger totalement dans la version créative qui nous est proposée du personnage de Lear. Sans connaître les versions de Bernhard et de Garcia, leurs citations peuvent sembler détachées du corps de la pièce. Une impression souvent dissoute par les passages cocasses qui allègent le texte.

Culturieuse

Photo Gregory Batardon

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