« LA GUERRE DES SALAMANDRES », ROBIN RENUCCI EN MAÎTRE DES TRÉTEAUX

CRITIQUE. « La guerre des salamandres » d’après un texte de Karel Capek – Mise en scène : Robin Renucci – jusqu’au 28 octobre 2018 – La Maison des Métallos, Paris – durée 1h40. 

Tiré d’un roman visionnaire écrit par Karel Capek, écrivain tchèque mort à Prague en 1938, Robin Renucci avec sa troupe, les « Tréteaux de France », met en scène cette pièce adaptée par Evelyne Loew à partir d’une traduction de Claudia Ancelot (Ed. La Baconnière).

Au milieu de nulle part, le capitaine Van Toch, sorte de Haddock, découvre sur une île perdue de petites bêtes étranges promptes à l’aider à trouver des perles d’huîtres, des salamandres particulièrement intelligentes. De retour et sans bateau le capitaine, fort de sa découverte et surtout des quelques perles qu’il a pu ramener, convaincre le riche banquier Bondy, d’investir dans une affaire de ramassage de perles. De fil en aiguille, Bondy va vite comprendre à la mort du capitaine que ces petites bêtes, facilement exploitables, peuvent fournir une main d’œuvre à coût zéro. L’exploitation va durer jusqu’à ce que les salamandres décident d’y mettre fin par la force…

Merveilleuse histoire qui montre encore comment des écrits datant de 80 ans peuvent être si actuels ! Tout y est, écologiste avant l’heure, le romancier entrevoit déjà cette humanité courant à sa perte par le profit et par la mise en place d’une forme d’esclavagisme des classes modestes. Comment ne pas être bluffé quand l’auteur fait intervenir au milieu du spectacle ce que maintenant l’on appelle un lanceur d’alerte que les puissants tentent de faire taire ?

Le metteur en scène, Robin Renucci, opte pour une ambiance relevant tout à la fois de Jules Verne, Tintin et Hercule Poirot avec un travail formidable de Gilbert Epron sur les accessoires et autres objets animés et une belle lumière de Julie-Lola Lanteri-Cravet qui parviennent à nous plonger dans une ambiance romanesque. Les sept comédiens sont tous excellents, chacun dans une multitude de rôles. Pas moins de 55 personnages sont interprétés sur scène avec costumes et perruques et dans un bel enchaînement des scènes, l’ensemble restant fluide. La troupe nous entraîne avec elle dans cette course folle durant 1h30. Tous virevoltent sur une scénographie impeccable de Samuel Poncet. Outre le fait de jouer 55 personnages, les comédiens créent en direct bruitages et effets au vu du public. Les effets sont soit saisissants soit franchement drôles, souvent les deux à la fois, mais demandent toujours une parfaite maîtrise qui Éest impressionnante.

Un très beau travail de troupe sous la coupe de Robin Renucci sur ce texte visionnaire et éclairant de Karel Capek et un spectacle accessible à tous, petits et grands, avec plusieurs niveaux de lecture et une vraie esthétique revendiquée jusqu’au bout dans les moindres détails. A ne pas manquer

Pierre Salles

Photo Christophe Raynaud de Lage

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