« L’ATTENTAT » : SE GLISSER DANS LA PEAU D’UN/E AUTRE

CRITIQUE. « L’ATTENTAT » de Yasmina Khadra – Mise en scène : Vincent Hennebicq – Comédien : Atta Nasser ; jusqu’au 17 octobre 2018 – Théâtre National – Bruxelles

Sur scène : Quatre musiciens et une chanteuse attendent patiemment sur scène que le public s’installe, dans un décor sobre, sombre, le sol parsemé de cendres, au milieu un cercle blanc. Est-ce la déflagration qui dessine déjà le début d’une histoire qui ne cessera, jusqu’à la fin, de nous bousculer, de nous émouvoir? Au centre, Atta Nasser, dans le rôle d’Amine, livre un monologue en langue arabe qui imbibe, dès le premier son, tous les pores du spectateur. Pris dans le récit, entre la voix mélodieuse et suave de la chanteuse, les instruments qui accompagnent les mots imprégnés d’émotion prononcés par le comédien palestinien, vont percer les cœurs, accélérer les pouls, hérisser la peau et rebondir dans nos pensées les plus profondes jusqu’à être lui.

L’histoire : Amine est un chirurgien d’origine arabe naturalisé israélien. Dans un restaurant de Tel Aviv, un attentat-suicide a eu lieu : l’horreur. À l’hôpital, il opère les survivants de ce carnage. Après plusieurs heures passées à essayer de sauver des vies, épuisé, il entreprend de rentrer chez lui. Pas simple de passer les contrôles après ce drame, l’empêchant d’avancer. Amine est amoureux de sa femme Sihem. Sihem qui n’est pas à la maison. Il ne s’inquiète pas, elle est certainement en visite chez la famille. Il est alors appelé de toute urgence en pleine nuit par la police israélienne pour examiner un corps déchiqueté. Le monde semble s’écrouler autour de lui, il s’agit forcément d’un cauchemar, sous ses yeux exorbités, il reconnaît Sihem. Sihem, identifiée comme étant la kamikaze !

Inondé par la douleur et l’incompréhension, Amine va alors entamer une recherche, pour comprendre l’impossible, questionner, découvrir la vérité ; celle d’un être dont il a partagé la vie et que, malgré l’intimité, il ne connaissait pas. Sa recherche va aller bien au-delà de l’esprit et de la pensée, il entamera un voyage qui le mènera à traverser toute la Paslestine.

L’auteur / La mise en scène : Fascinant, Yasmina Khadra est un écrivain poète de langue française d’origine algérienne. Qui ne connaît l’œuvre de ce maître de l’écriture mondialement connu ? Ces livres traduits dans plus d’une quarantaine de pays, adaptés tant au cinéma qu’au théâtre, mais aussi en bandes dessinées et en spectacles divers, ont reçu de nombreux prix, notamment son roman l’Attentat.

En adaptant cette fiction au théâtre, Vincent Hennebicq fait fort ! Il y mélange différents univers qui le passionnent avec une clarté surprenante : le cinéma -le documentaire- le théâtre et le concert musical. En effet, durant le spectacle sont projetés sur un écran géant, des images cinématographiques que lui-même réalise avec le réalisateur Jean-François Ravagnan. Avec le comédien Atta Nasser, ils vont parcourir Israël et la Palestine, collaborer au projet, et rendre le destin d’Amine plus réel que nature en mêlant aux spectacles les témoignages d’Istaéliens et de Palestiniens pris dans le tourbillon déchirant de ce conflit qui semble n’en plus finir. Un voyage qui va les marquer à tout jamais. Une adaption scénique parfaite, une narration en arabe, aux surtitres projetés sur l’écran, le tout agrémenté de la musique originale de l’excellent compositeur et arrangeur, Fabian Fiorini (également le pianiste sur scène), accompagné de trois autres musiciens et de la chanteuse à la voix porteuse d’émotions : Julie Calbete.

« Comment faire face à l’absurdité du monde quand on est en quête de sens et épris de liberté ? » nous dit Vincent Hennebicq, dont l’intérêt à travers sa mise en scène, plus que de s’arrêter sur le conflits israélo palestinien en tant que tel, est plutôt d’aller dans le sens d’Amine : rechercher les réponses, la volonté de savoir, le comment réagir à un acte qui nous dépasse. Avoir une interaction directe avec les gens, avec le peuple et son vécu.

Un casting exceptionnel : Le comédien palestinien Atta Nasser, seul sur scène, merveilleux, coupe le souffle au spectateur, tant sa prestation est criante de vérité. Il incarne un Amine plus vrai que nature. Né à Jérusalem, Atta vit aujourd’hui en Belgique où il termine ses études de mise en scène à la RICTS School of Arts, dépendant directement du Théâtre National palestinien à Jérusalem. Plusieurs projets à son acquis, il est également acteur et metteur en scène. À suivre sans aucun doute.

L’écriture de Yasmine Khadra, agrémentée des poèmes de Mahmoud Darwish, mis à la sauce de Vincent Hennebicq : « L’Attentat », j’y vais ! Je recommande, et j’y retourne.

Julia Garlito Y Romo

* Réalisation et montage du film : Jean-François Ravagnan. Composition musicale : Fabian Fiorini, pianiste sur scène et les trois autres musiciens : Laurent Blondiau : trompette ; Marine Horbaczewski : violoncelle et Célestin Massot : percussions. Chanteuse lyrique : Julie Calbete. – Création Théâtre National Wallonie-Bruxelles

Photo Hubert Amiel

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