AU CENTRE POMPIDOU, LA SPIRALE VIBRATOIRE D’OLA MACIEJEWSKA

CRITIQUE. Ola Maciejewska – Danse concert – Au Centre Pompidou le 3 octobre 2018.

Le thérémin est un drôle d’instrument qui se prend à bras le corps et produit des sons tirés d’une autre galaxie, des sons volatiles, mouvants qui résonnent en fonction des mouvements que l’on fait au dessus, ou autour de lui.

La proposition simple de Ola Maciejewska, était de faire résonner les huit thérémines, disposés sur scène comme de gros moustiques, (ou de grosses mitrailleuses) avec le corps de ses danseuses.

On a donc assisté à l’évolution de trois personnes dans l’espace faisant un certain nombre de mouvements, en interaction avec la bande sonore et avec les thérémines. Ces personnes étaient habillées en noir, pantalon et T shirt, chaussures de villes ou baskets.

Elles ne dansaient pas vraiment, leurs corps n’étaient pas habités de cette énergie particulière propre aux danseurs et qui se dégage d’eux, même lorsqu’ils marchent. Ici, la chorégraphie des danseuses pouvait se confondre avec la gestuelle des musiciens qui jouent d’un instrument de musique. Si le mouvement y est, l’énergie n’est pas du tout la même, un corps qui joue de la musique n’est pas habité de la même manière qu’un corps qui danse.

Tout le travail des danseuses fut se maintenir à la lisière entre ces deux postures, être un corps qui danse ou être un corps qui joue.

D’autant qu’il leur fallait jongler avec les sons des thérémines et la bande enregistrée, qui, tout en brouillant les pistes, (on ne savait parfois distinguer vraiment le son du thérémine de la bande enregistrée), amena à ce « danse concert » des teintes imprévues :

Ecouter/voir, au début du spectacle, un gros bourdonnement sonore voletant dans le public tel une grosse mouche, pour signifier de faire silence, saisissant de vérite, grâce à la technicité des ingénieurs son.

Voilà le décor.

Mon voisin de droite un grand barbu au regard placide a trouvé à ce travail la grâce des espaces vides que l’on peut remplir à sa guise tant le son et les gestes laissaient place à un univers incertain, mobile, avec très peu d’adresses au public, propice à la rêverie, aux images surgies d’une posture, d’une note, d’une grimace. Mon voisin de gauche, lui, un homme aux ongles peints et à la longue robe de laine, à la féminité totalement assumée, presque offusqué de ce qu’il avait vu/entendu, n’y a trouvé que des interrogations et un peu d’ennui.

On n’en a pas fini d’explorer cet instrument qu’est le thérémine, la maîtrise de ces notes surgies du mouvement des mains dans l’air ne sont pas aisées à concevoir.

C’est une irruption, une avancée dans la rencontre avec une réalité intangible, sur les traces d’un monde sensible. Un drôle de mariage entre le pas de danse, le geste du musicien enrobés dans une même spirale vibratoire.

Mais il importe pour soutenir la perception du public de bien poser les bases du sujet, et de clarifier le propos, sous peine que celui ci ne se reconnaisse dans rien, n’identifie et ne construise pas grand chose et ne se lasse.

Malgré le fort pouvoir évocateur du son, les espaces créés par les correspondances entre le mouvement et les thérémines, les bases d’un travail prometteur au vu du nombre de spectateurs dans la salle pleine à craquer, n’ont pas porté totalement leurs fruits. Si il a un peu décollé, notre avion cargo ce jour-là, a plutôt volé à basse altitude.

Avec “Danse concert” dont on devine qu’il a été réalisé avec énormément d’observation et de soin, Ola Maciejewska essuie les plâtres de la recherche et de l’innovation, où l’on se heurte aux écueils d’une technique incontournable, qui, si on ne la maîtrise pas totalement, devient un frein.

Passer par la case spectacle est une étape nécessaire à la création, moi, spectatrice suis heureuse d’y avoir contribué, mais tout de même ça n’a pas totalement suffi à mon bonheur.

Claire Denieul

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