JAN FABRE, LA FRANCOPHONIE… QUAND FRANÇOISE NYSSEN DESHONORE SA FONCTION

TRIBUNE : Quand Françoise Nyssen déshonore sa fonction…

Deux « petits » événements le week-end dernier, qui auraient pu tout à fait passer inaperçus (et ils le sont, sans doute, du grand public), mais qui, ici, au « Tribune » nous interrogent :

Acte 1 : Le festival ACTORAL annule les représentations de Jan Fabre

Samedi 29 septembre, on apprenait par communiqué qu’ACTORAL, festival respecté des scènes innovantes à Marseille (et ailleurs), ainsi que la Scène Nationale des « Salins » à Martigues (13) annulaient purement et simplement les représentations de « Belgium rules/Belgian rules » de Jan Fabre, prévues les 5 et 6 octobre aux Salins, au prétexte -et toujours selon le communiqué d’ACTORAL- que la polémique née dernièrement d’une « lettre ouverte émanant d’anciens performeurs de la compagnie et incriminant les relations de travail« , « troublerait » gravement les performeurs de la bien nommée compagnie « Troubleyn »…

Bref, en gros comme en détail, Jan Fabre visiblement est l’objet d’une attaque en règle de certains de ses collègues de création au sein de la compagnie qu’il dirige, un truc très à la mode en ce moment à l’encontre des artistes, sur la foi d’une vague dénonciation -par média interposé-, le suspectant de harcèlement sexuel, assertion pour l’instant absolument non étayée ni vérifiée et, comme d’ailleurs le précise le communiqué lui-même, « alors qu’aucune plainte n’a été déposée« …

Pour résumer : pas de plainte, la justice pas saisie, mais en revanche une avalanche de mauvais cancans sur les réseaux sociaux, évidemment, et déjà une réputation salie en un seul clic.

Voilà donc qu’on jette en pâture aux foules beuglantes le nom d’un grand créateur, dont la réputation « sulfureuse » d’artiste hors-normes suffirait finalement à accréditer ce dont on l’accuse, et donc à aggraver son cas…

Et toujours d’après le communiqué -très tordu, entre parenthèses- d’ACTORAL et de la SN de Martigues, « le ministre a diligenté une enquête« . Précisons qu »il s’agit du ministre flamand de la Culture, ce que ne précisait pas le communiqué d’ACTORAL.

Comprendre que du coup, en bons soumis à la tutelle du ministère (français, cette fois), ACTORAL comme la scène Nationale, tout en évitant une embrouille diplomatique, préfèrent faire dos rond et déprogrammer sauvagement un artiste -au cas où- même si le ministère français ne leur a jamais demandé expressément de le faire : les fonctionnaires dudit ministère sont bien plus malins et roublards pour se garder de ce type d’injonction. Certes, si cela ne relève -peut-être- pas d’une pression directe du ministère, cela ressemble tout de même fort à une contrainte morale « soft », qui ne s’avoue pas telle, subtile mais efficace, visant à influer en douceur sur la décision des programmateurs, le signal inratable étant la publication du ministère flamand d’un communiqué dans lequel il prend soin de préciser qu’il a « diligenté une enquête« …

De la part des programmateurs, qui se diront « coincés » mais sont surtout « prudents » (ils n’existent à 80% que grâce à la subvention publique, dont le Ministère, rappelons-le), c’est juste de la déprogrammation préventive. A leur bénéfice, et au mépris des artistes qu’ils invitent…

Cette « déprogrammation préventive » est certes apparemment du seul fait d’Hubert Colas et de la Scène Nationale de Martigues, s’abritant derrière une pseudo volonté de la compagnie elle-même, pour sauver la face et surtout pour ne pas froisser leur « tutelle », mais personne ne nous fera croire qu’elle ne découle pas d’une pression -explicite ou implicite- du ministère.

Pour s’en défendre par anticipation, le communiqué d’ACTORAL prend le soin de s’abriter derrière une pseudo décision de la compagnie et de préciser : « Cette situation a créé beaucoup d’interrogations dans la compagnie.(…) En accord avec le Théâtre des Salins à Martigues et le festival actoral, la compagnie Troubleyn a proposé le report, à une date ultérieure dans la saison, des représentations de « Belgium rules/Belgian rules » afin d’en garantir la qualité. »

En réalité, on nage en pleine ingérence ministérielle qui ne dit pas son nom. L’immiscion des services de la ministre dans la programmation d’un festival et de celle d’un théâtre est proprement inqualifiable. Surtout lorsque l’on connaît les pratiques plutôt troubles de la ministre elle-même, inexistante en tant que telle depuis 18 mois mais très disqualifiée publiquement (y compris par son patron jupitérien qui lui a retiré pour risque de collusion la tutelle du CNL et du monde des lettres en général), notamment pour les libertés qu’elle s’accorde en tant que gérante de société vis à vis des règles régissant le patrimoine, ce qui n’est un secret pour personne depuis l’enquête du « Canard enchaîné ».

Depuis quand a t-on vu un(e) ministre vouer aux gémonies l’oeuvre -importante, irremplaçable- d’un artiste et l’autodafer symboliquement pour suspiscion de « mauvaises moeurs » ? La meute des autodafeurs est désormais rejointe par ceux qui sont censés défendre la liberté et la création, tels qu’ils s’en revendiquent haut et fort. Et pourtant, ce sont bien des Hubert Colas et des Gilles Bouckaert qui oeuvrent de concert avec leur « tutelle » Nyssen, pour éradiquer les « mauvais coucheurs » de l’art, comme Jan Fabre, désormais sur leurs listes noires au même titre que d’autres immenses artistes ont pu l’être sur d’autres listes en leur temps, Céline, Genet, Guyotat, Sade, Polanski et d’autres qu’on oublie, au prétexte qu’ils dérangent le politique et incommodent le bon peuple.

Acte 2 : La Francophonie, ou la perfidie ministérielle comme un des Beaux-Arts

On connaît depuis le début de l’année 2018 le combat que mène LE TARMAC, scène européenne de la Francophonie, pour se défendre de son éviction brutale par la ministre Nyssen de ses locaux qu’il occupait depuis de nombreuses années, au bénéfice de « Théâtre Ouvert », qui désormais comme bon coucou qui se respecte doit nidifier dans le douillet cocon dudit Tarmac. En soi, c’était déjà une incohérence et surtout un camouflet à l’égard du TARMAC, d’une rare violence et d’une vulgarité indignes de la fonction ministérielle.

Mais ce dernier week-end la ministre a fait mieux : à Limoges, lors du 35e festival des Francophonies en Limousin, Nyssen s’est fendue d’un constat surréaliste. Selon elle, il y aurait “urgence à réformer la francophonie”, et d’exposer ainsi la « création » de trois pôles pour le spectacle vivant : avec Théâtre Ouvert en lieu et place du Tarmac, au CNAC La Chartreuse de Villeneuve-Lez-Avignon et of course, avec le Festival des Francophonies en Limousin…

Donc, exit le TARMAC, même si Françoise Nyssen a « salué » le travail de Valérie Baran (directrice) car, selon elle, “les responsables du Tarmac ne sont pas propriétaires de leur lieu et qu’à un moment donné les conventions s’arrêtent“. Joli coup. « Théâtre ouvert » peut remercier la ministre.

Voilà deux jolis exemples de l’incompétence -passe encore- mais surtout de l’incroyable perfidie autoritariste de l’ex-éditrice Nyssen, désormais ministre, qui déshonore à chaque instant sa fonction et usurpe son titre, au service de copinages de bas étage et de coups tordus à l’encontre de gens qu’elle n’aime pas.

Une héritière de rente -son père, Hubert Nyssen était lui un grand éditeur-, qui ne doit sa présence au gouvernement Macron qu’au hasard du bon vouloir d’un « monarque » républicain avisé qui a bien vu en elle la pâte malléable dont il allait pouvoir user, au détriment d’un pan entier de l’histoire de la République. Car Françoise Nyssen non seulement abîme sa fonction, dégrade le sens même de ministère de la culture dans un pays qui en a inventé le terme et l’usage, mais trahit les idéaux qui depuis Malraux, ont animé, avec plus ou moins de bonheur, la quasi totalité des ministres de la Culture avant elle.

Faustine Saint-Pierre

Images copyright Jan Fabre

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