« BIENVENUE DANS L’ESPECE HUMAINE » : BENOÎT LAMBERT INCISIF MAIS TOUJOURS LUDIQUE

CRITIQUE. « Bienvenue dans l’espèce humaine » Conception et mise en scène : Benoît Lambert – Chalon-sur-Saône, Espace des arts, samedi 29 septembre 2018.

Dans le cadre de son inauguration, l’Espace des arts a proposé le dernier week-end de septembre une programmation riche et variée, mêlant théâtre, danse et musique. Les spectateurs ont notamment pu découvrir une pièce de Benoît Lambert « Bienvenue dans l’espèce humaine. »

Deux conférencières entrent en scène. La salle reste éclairée. Le décor est réduit au strict minimum : deux chaises, un écran et une estrade. Le sujet sera sérieux : l’évolution de l’espèce humaine. Nous nous retrouvons pour ainsi dire sur les bancs de l’école et nous apprêtons à écouter une conférence d’une heure. Il nous manque toutefois des tablettes pour pouvoir prendre quelques notes, à moins que nous ne soyons vraiment au théâtre et que la seule consigne soit de nous laisser embarquer dans un apologue humain aussi instructif que divertissant.

Le constat initial est sans appel : l’homme est brutal, agressif et surpasse l’espèce animale en matière de cruauté. Le ton est donc donné : le contenu ne sera pas réjouissant et ne débordera pas d’optimisme. Que faire de cette triste réalité ? Les deux conférencières nous présentent leurs deux objectifs, à la fois humbles et ambitieux : comprendre et proposer.

Une réflexion éthologique, anthropologique, économique nous est transmise et pour la rendre digeste, les astuces scéniques ne manquent pas. Par l’intermédiaire de l’écran, sont successivement diffusés un tableau, des musiques, des extraits de film et un documentaire. Mais la véritable ressource didactique et rythmique du spectacle reste les deux comédiennes. Tour à tour porte-paroles de Schopenhauer, Rousseau, Lorenz, Tocqueville, commentatrices de Bruegel, interprètes de Françoise Hardy, docteures ès capitalisme, elles ne ménagent pas leurs efforts pour activer une prise de conscience collective. Leur démonstration est enlevée, décapante, sans complaisance aucune mais leur but n’est pas de culpabiliser une espèce humaine à laquelle elles appartiennent. Soucieuses d’éviter que leurs auditeurs ne sombrent dans le désespoir, l’humour est constamment convoqué.

Les deux objectifs de nos deux conférencières étaient : comprendre et proposer. Le premier est atteint car sous couvert de démonstrations fantaisistes, des pistes de réflexion nous sont transmises pour comprendre l’évolution de l’Homme. Quant au second : proposer, les deux conférencières nous font une belle proposition : sourire, voire même rire, le temps d’un spectacle, de nous-mêmes et de notre inquiétante évolution.

Dans la veine de « Qu’est-ce que le théâtre ? », Benoît Lambert réussit à nouveau à ravir le public avec une fausse conférence au ton sérieux mais jamais pompeux, incisif mais toujours ludique.

Extrait n°1
B – Quand tu vois d’où on venait…
A – Quand tu penses qu’avant on était des belettes…
B – Donc c’est là que tu te dis : pourquoi ça a raté ? Je veux dire : pourquoi l’espèce la plus sophistiquée de tout le règne animal est devenue le prédateur le plus féroce et le plus cruel ?
A – Pourquoi quand tu te mets debout, quand tu libères la main, le regard, la parole et le chant, tu finis fatalement par fabriquer la bombe atomique ?

Extrait n° 2
A – Et tiens, par exemple, vous savez ce qu’on a trouvé à côté des premiers feux qui ont été allumés par les premiers hommes, quand ils ont commencé à maîtriser la technique, vers – 400 000 ? Hein ? À votre avis, on a trouvé quoi ? Ben ouais, les restes fossilisés de types qu’on avait fait cramer ! Voilà ! Donc ça veut dire que qu’est-ce qu’on a fait, dès qu’on a maîtrisé le feu ? Ben on a commencé à faire cramer des types !!! Voilà… donc c’est sûr qu’en matière d’atrocités entre congénères, on est une espèce… particulièrement… ben… créative, quoi !…
B – Ouais… l’homme, il a une capacité d’invention dans l’horrible qui le distingue clairement des autres animaux… et des fois on compare la cruauté de l’homme à celle des fauves, mais franchement, quand t’y réfléchis, c’est quand même hyper insultant pour les fauves…

Aurélie Gay

avec Anne Cuisenier, Géraldine Pochon, scénographie : Antoine Franchet, costumes : Violaine L. Chartier, régie générale : Thomas Bart.

Photo V. Arbelet

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