« TITRE À JAMAIS PROVISOIRE » : DE L’HUMANITÉ, UN ESSAI

CRITIQUE. « Titre à jamais provisoire » de Guillaume Béguin – Théâtre de Vidy, Lausanne, du 25.09 au 6.10 2018. 

C’est à un essai rêvé sur l’essence même de la vie que Guillaume Béguin convie le public. Son statut est stipulé en règles dès le début de la représentation, par une voix monocorde qui dicte son credo aux cinq comédiens. Le théâtre, succédané du rêve, se chargera de nous emporter dans l’imaginaire.

Sur le plateau, des îlots de végétation. Au sein d’une forêt, figurée par un très beau panneau mouvant, imprimé de troncs à mi-hauteur, l’humain est un chasseur ou un cueilleur, bientôt un « chacueille ». Les sens en éveil, l’enfance de l’humanité est animale.

Passant sur les jours, mois, années, siècles d’évolutions et surtout de révolutions, nous sommes transportés vers un futur robotisé incarné par une jeune femme qui s’adresse effrontément au public en langage adolescent. Elle a été générée artificiellement et s’avère androïde, un état dont elle tente l’apologie. N’y a-t-il pas en effet beaucoup d’avantages humains à se décharger des corvées sur les robots ? En guerre, par exemple, n’éviterait-on pas, non seulement les morts, mais aussi les viols et autres abus inhérents aux conflits internationaux ? Les algorithmes de la femme androïde réévaluent l’âge de assistance et adoptent un langage plus adéquat. Ses connaissances sont infinies, mais elle est condamnée à copier sans fin et ne peut accéder à l’invention. Sa psy trouve qu’il faut « la réancrer dans le hardware ». Conçue comme la « parfaite moyenne de vos moyennes », elle relate son existence en un long monologue et confie ses rêves, dont la création suprême : donner la vie.

C’est oublier que le titre d’humain est à jamais provisoire, condamné pour le meilleur et le pire à une inéluctable évolution. L’enfant finalement conçu, élevé par une femme robot, est contraint à une solitude morbide. La solution serait-elle dans le retour à la condition initiale de chasseresse ?

« (…) Enfin nous sommes rêvés par notre époque. En nous tout est déjà là, en puissance comme une chance de réalisation. Le futur est déjà là, le passé est encore là. Le temps nous traverse.  » (Note d’intention de l’auteur)

Le dernier commandement est délivré par le chien, animal sauvage devenu compagnon, resté en lien sensoriel constant avec le monde. Témoin immuable, il commente l’ascension technologique qui semble enfermer l’humain dans une solitude située aux antipodes de la nature. Le danger serait d’oublier notre animalité. Les arbres eux-même n’ont-ils pas développé des contacts relationnels souterrains ?

Les thèmes abordés sont d’une actualité essentielle. Non sans humour, les personnages scrutent la condition humaine et son devenir. Cependant, malgré des comédiennes admirables et un propos pertinent, cette pièce est quelquefois trop bavarde pour demeurer captivante de bout en bout. Telle celle de l’humanité à jamais provisoire, notre attention à son histoire gagnerait à être plus condensée.

Culturieuse

Photo Julie Masson

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