SCAPIN VERSION 1968… MOLIERE UN AVANT-GARDISTE ?

CRITIQUE. « SCAPIN 68 » d’après Molière - mise en scène : Thierry Debroux – Théâtre Royal du Parc à Bruxelles, jusqu’au 26/10/2018.

SCAPIN 68, la liberté d’aimer, avec 297 ans d’écart… Thierry Debroux épate !

Le public n’est pas encore installé dans la très belle salle de ce mythique Théâtre Royal du Parc, que déjà, devant le rideau pas encore levé, deux acteurs-chanteurs transportent le public des années en arrière en chantant les succès des années ’60, et ils le font participer ! Entre Armstrong et les Beatles ou encore les Rolling Stones, et j’en passe, le couple joyeux fait déjà rire et applaudir les spectateurs. C’est avec cette citation de Jean-Baptiste Poquelin, dit Molière, que le spectacle va commencer: « C’est grâce au changement que la vie prend tout son sens ».

La comédie :
Octave, fils d’Argante, est amoureux d’une jeune fille pauvre, Hyacinthe, qu’il vient d’épouser sans le consentement et en l’absence de son père. Léandre, fils de Géronte (en voyage), s’éprend de la jeune Zerbinette. De retour chez lui, Argante est bien décidé à marier son fils Octave, ignorant que ce dernier l’est déjà. Octave a peur d’annoncer à son paternel qu’il a une épouse, et de plus, il est à court d’argent et va donc avoir recours à Scapin, le valet de Léandre, en l’implorant de l’aider.

Léandre est, quant à lui, reçu vertement par son père Géronte -également de retour de voyage- suite à une indiscrétion de Scapin que lui a rapporté Argante. Furieux de cette trahison, Léandre veut corriger son valet mais se ravise aussitôt, car pour pouvoir vivre son idylle avec Zerbinette il doit payer une rançon à une communauté de gitans ayant enlevé la belle. Voilà donc Scapin supplié de lui venir en aide.

Imaginatif à souhait, entre stratagèmes et fourberies, un tantinet vengeur, notre Scapin est bien décidé à extorquer aux deux géniteurs les sommes souhaitées par Octave et Léandre, tout en défendant leur cause auprès des deux hommes en colère. Scapin arrivera-t-il à ses fins ? Et que dire des rebondissements jusqu’à la fin ! Aux spectateurs de le re/découvrir au goût du jour.

***

Qui ne connaît « Les fourberies de Scapin » de Molière, alias Scappino, personnage de la commedia dell’arte que le célèbre dramaturge parisien fait représenter pour la première fois au Théâtre du Palais-Royal en 1671 ? Et si au fil du temps, cette comédie, drôle à souhait, a été reprise et rejouée encore et encore, imaginez-vous-la en 1968 ! Jubilatoire ! Osé et franchement réussi.

C’est, en effet, dans le cadre du 50ème anniversaire de mai 68, que le Théâtre Royal du Parc propose Scapin 68, brillamment mis en scène par Thierry Debroux. Si le texte de Molière n’est pas changé pour un sou, il s’adapte parfaitement aux évènements de mai 68 : la révolte des jeunes contre leurs parents ; soif de liberté et d’indépendance. Un choix de comédiens judicieux et intelligent, dans un décor très inspiré, des tenues et musique qui nous ramènent quelques bonds en arrière. Génial.

S’il est vrai que toute la troupe relève le défi haut la main et fait rire le public, on ne peut qu’être séduit par l’excellent Othmane Moumen dans le rôle de Scapin. Entre acrobatie, attitude zen et disjonctée, le public suit tous ses mouvements, il l’adore ! C’est bien simple, Scapin et Moumen, ne font qu’un ! Un Othmane que l’on ne présente plus tant ses casquettes sont nombreuses tout autant que ses rôles (le célèbre Passepartout, Arlequin, Puck, Ariel, le docteur Watson, Chaplin dans le « Kid », etc. ; on se souvient aussi de  » Moutoufs  » -voir critique BDO). Et que dire de Benoît Van Dorslaer (Géronde), jubilatoire sur scène, plus vrai que nature, comédien, doubleur, jouteur, metteur en scène sans compter ses rôles au cinéma et sur la célèbre série « La Trêves » (voir aussi Botala Mindele, critique du BDO). Laure Godisiabois (dans le double rôle de Zerbinette et Nérine) qui a foulé bien des planches des théâtres belges, premier prix d’art dramatique en 2002 (rappelez-vous aussi  » les Faux British « , critique BDO). Le jeune français Julien Besure (Octave), nominé au prix de la critique dans la catégorie meilleur espoir 2016 ; Thierry Janssen (Argante) ose tout sur scène, jusqu’à la tenue ridicule, pour le bonheur des spectateurs (c’est d’ailleurs lui qui prête sa voix à Audiolib, le Seigneur de  » Tolkien « ) ; Léandre joué par le jeune Bruxellois Boccar Mickey, également musicien, multiples instruments, a déjà foulé les scènes de nombreux pays. Brigitta Skarpalezos qu’on croirait tout droit sortie d’une machine à remonter le temps tant elle est bluffante dans son rôle de Hyacinthe 68. Et enfin, Simon Wauters, Silvestre, que tout le monde bouscule et à qui tout arrive, craquant.

Le rythme, rapide et très soutenu durant tout le spectacle, est ouvert à tout public, déjà à partir de 6 ans. Il sera présenté jusqu’au 26 octobre 2018. Et franchement, si vous ne l’avez pas déjà vu, allez-y ou retournez-y et régalez-vous. À ne rater sous aucun prétexte.

Julia Garlito Y Romo

Distribution : assistant à la mise en scène : Catherine Couchard ; avec : Othmane Moumen (Scapin), Benoît Van Dorslaer (Géronde), Thierry Janssen (Argante), Simon Wauters (Silvestre), Julien Besure (Octave), Laure Godisiabois (Zerbinette et Nérine), Mickey Boccar (Léandre), Brigitta Skarpalezos (Hyacinte)

À noter, très réussi : Scénographie et costumes, confection des costumes, peinture et décor : Thibaut De Coster et Charly Kleinermann

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