« LA CONFERENCE DES OISEAUX », UNE BELLE IMMERSION DANS LA POESIE PERSE

CRITIQUE. « La Conférence des oiseaux » – de Jean-Claude Carrière / Mise en scène : Guy Pierre Couleau – au Printemps des Comédiens 2018 à Montpellier.

En coproduction avec la Comédie de l’Est CDN d’Alsace et le Printemps des Comédiens, c’est au cœur même du domaine d’O parmi les arbres que le metteur en scène Guy Pierre Couleau monte « La Conférence des oiseaux » d’après le récit de Jean-Claude Carrière joué en 1979 au Festival d’Avignon. A l’origine est un texte de plus de neuf siècles écrit par le poète persan Farid Uddin Attar.

Au milieu du jardin des micocouliers, peu de décor si ce n’est ce parterre jonché d’écorces roses et ce fond de scène où, tour à tour, les comédiens viennent chercher leurs masques, comme dans une loge. Car même s’il s’agit d’une parabole sur la condition humaine, les oiseaux, avant de devenir hommes, sont bel et bien présents sur scène et les comédiens vont endosser leur rôle à l’aide de ces merveilleux masques de Kuno Schlegelmich. Loin de masquer complètement le visage des comédiens, le travail sur ces masques est d’une finesse remarquable et permet de laisser imaginer et entrevoir les visages selon les éclairages et l’angle de vue, l’effet n’en est que plus troublant. Le poème est avant tout une quête, celle de l’Homme en recherche de sa propre condition qui, faute de trouver le roi des rois, se retrouvera finalement face à lui-même. Les comédiens vont peu à peu se « dévêtir » de leurs rôles d’oiseaux pour devenir des hommes au fur et à mesure de leur initiation et de leur découverte intérieure.

Une belle immersion dans ce monde poétique que même un léger incident technique sur les lumières ne parvint pas à émousser. La succession des scènes peut parfois lasser par son systématisme mais le talent du comédien Luc-Antoine Diquéro en huppe « meneuse d’hommes » permet d’éviter l’écueil.

Egrenant les scènes de l’épopée tantôt poétiques ou tantôt drôles, comme celles jouées en particulier par le merveilleux Shahrokh Moshkin Ghalam, mais toujours avec peu de moyens et beaucoup de justesse, la troupe et le metteur en scène proposent un jeu léger basé avant tout sur un travail des gestes, des masques et du mime où chaque élément du récit, que ce soit une flèche ou une pomme, est joué par un ou plusieurs comédiens. Une économie de moyen qui, loin de nuire à la narration, laisse à chacun la faculté de rêver et d’imaginer des mondes.

Un beau moment poétique dans un lieu de plein air propice aux songes et à la magie du théâtre.

Pierre Salles
envoyé spécial à Montpellier

Egalement du 02/10/2018 au 18/10/2018 à la Comédie de l’Est – CDN d’alsace

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