« BODAS DE SANGRE », PASSION TRAGIQUE A L’ANDALOUSE

CRITIQUE. «Bodas de sangre» d’après Federico García Lorca – Mise en scène : Oriol Broggi / Création musicale : Joan Garriga – au Printemps des Comédiens 2018 de Montpellier – Première en France – Spectacle en espagnol surtitré en français.

C’est au sein du théâtre Jean-Claude Carrière qu’après avoir vécu l’âpreté sarde avec « Macbettu » nous retrouvons toute la rudesse andalouse dans cette adaptation de « Noces de sang » du poète espagnol Federico García Lorca. Le metteur en scène et la troupe de la Perla 29 (Barcelone) proposent ici une version resserrée où les six comédiens endossent parfois plusieurs rôles sur un texte épuré.

Ici tout n’est que tragédie et lorsque « El Novio », le jeune fiancé parle à sa mère « La Madre » pour lui demander d’accepter qu’il se marie avec « La Novia », il est rapidement évident que la guerre de clans et le sang versé de part et d’autre sont autant d’entraves dans ce monde rural englué de codes d’honneurs ancestraux et d’amours contrariées. La jeune Novia, résolue par raison à épouser le fiancé va le quitter le soir de ses noces pour son ancien amant …

Toute la passion andalouse transpire dans le texte et la mise en scène d’Oriol Broggi qui, habilement, éclaire ce spectacle par la musique de Joan Garriga en le plaçant sur scène tantôt en comédien tantôt comme conteur de la tragédie se déroulant sous nos yeux. Sa musique, teintée de flamenco aux accents plus modernes et oscillant entre le drame du propos et la légèreté, est propice à mettre en avant cette tragédie humaine absurde à la destinée inéluctable, un peu comme si Lorca lui-même contait cette histoire en pianotant sa poésie. Parfois quelque peu dérouté par la modernité de certains passages musicaux, le public se laisse néanmoins enivrer par la musique de Joan Garriga qui tente par intermittence d’entraîner le public montpelliérain qui pour le coup n’a pas encore assez l’âme espagnole pour se laisser prendre par la main aussi facilement.

Chaque comédien interprète avec justesse ces personnages écrasés par leur sens de l’honneur et la rudesse d’une vie vouée au travail d’une terre aride, alliant puissance et retenue à l’image de cette culture andalouse rurale. Tous les mots assénés comme des coups de poignard sont lourds de sens et même si parfois la traduction et le sur-titrage nous font oublier l’essentiel, le flux poétique des mots de Lorca frappe aux oreilles et résonne comme les sabots de ce superbe cheval noir qui évoque sur scène cette violence animale sous-jacente qui anime les âmes et qui domine la raison. Il est d’ailleurs dommage que ce cheval, puissant et majestueux, ne soit pas mis en scène d’une façon plus sauvage, même s’il est compréhensible que ces épisodes équestres soient délicats à maîtriser dans une mise en scène. N’est pas Bartabas qui veut !

La sobriété du décor et des éclairages recherchés suffisent pour évoquer cette Andalousie chaude et rude où le sens de l’honneur et le silence, face à une passion dévorante, entraîne chacun vers une mort certaine. Encore un très beau moment de théâtre offert par un Printemps des Comédiens décidément bien inspiré dans ses choix artistiques.

Pierre Salles,
envoyé spécial à Montpellier

Prochaines dates : Du 20 juin au 28 juillet – Teatre Biblioteca de Catalunya – Barcelone

Photos Printemps des comédiens, Montpellier

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