« LE BAC 68 » DE PHILIPPE CAUBERE, TOUTE UNE EPOQUE !

« Le Bac 68 » de et avec Philippe Caubère – Au Printemps des Comédiens 2018 de Montpellier.

Le public l’avait laissé cet hiver, puis en ce début du mois de juin au Printemps des Comédiens, au bord des champs de betteraves avec son spectacle « Adieu Ferdinand – Le Casino de Namur » (cf. article et interview – BruitduOff Tribune). Revoilà Philippe Caubère et son alter ego Ferdinand Faure dans « Le Bac 68 » (Molière du comédien dans un spectacle de théâtre public en 2017) dans l’Amphithéâtre d’O.

Certains le suivent depuis plus de trente ans dans ses pérégrinations et il est clair que c’est au cœur d’un public conquis d’avance que s’avance le comédien, seul sous les étoiles, sur la vaste scène de l’amphithéâtre. Comme à son habitude pas de décor, juste lui, une chaise et cette multitude de personnages qui ont émaillé sa vie et que Philippe Caubère fait revivre inlassablement tout au long de son œuvre dans une sorte de comédie humaine intime.

Dans ce printemps de tous les extrêmes, le bac 68 reste dans la mémoire collective comme un bac à part et qui de plus inspiré et extravagant que Caubère pour nous retracer ce moment vécu durant lequel le bac fut donné à des millions d’étudiants dans des conditions d’obtention toutes particulières ? Durant près de deux heures, le comédien retrace ce court moment des 24 heures avant l’épreuve passées avec cette mère aimante mais non moins envahissante qui ne comprend toujours pas que son fils veuille devenir comédien et qui lui préfère comme avenir le métier de coiffeur…

Brossant un épisode très personnel d’un bac organisé à la hâte dans la folie de Mai 68, le comédien donne vie à ces personnages tous plus drôles les uns que les autres. Comment ne pas tomber sous le charme de cette mère bourgeoise de droite mais néanmoins moderne, d’une Madame Colomer transformée pour le coup en ex-futur moteur de recherche des années 2000 ou d’un professeur faisant passer le bac à l’élève Ferdinand Faure qui, faute de savoir exactement où se trouve la Sibérie, démontre déjà, devant un professeur halluciné, son imagination et ses talents de comédien ?

Mais le talent de Philippe Caubère est justement de parvenir à dépeindre une époque et tous ces personnages qui ont marqué le cours de sa vie par sa lorgnette toute personnelle. En premier lieu sa mère, que le comédien fait revivre avec constance tout au long de ses différents spectacles, toujours là, en ombre chinoise, façonnée par son espièglerie et son immense amour. Et puis cette légion d’autres personnages intimes ou publics plus ou moins anecdotiques qui permettent, chacun à sa manière, de retracer les contours d’une vie. Quiconque ayant suivi ce comédien connaît par cœur Madame Colomer, l’ami Robert et bien d’autres personnages récurrents en passant par le Général de Gaulle ou le Pape, chacun de ses personnages n’étant qu’un prétexte pour découvrir un peu plus avec pudeur et sincérité l’intimité du comédien. Dans un numéro toujours à la limite du grotesque fellinien, Philippe Caubère transpire de fragilité, de doute, d’élégance et d’un immense amour pour tous ces personnages qu’il aime à railler sur scène mais c’est avant tout de lui dont il se moque. Les références historiques font écho dans une partie du public ayant suivi le comédien depuis de nombreuses années et les plus jeunes découvrent avec joie et curiosité cette époque et cet homme épris de liberté qui fait souvent fi de convenances dont il ne s’est jamais accommodé.

Loin d’être une sorte de monument adoubé par un Molière, Philippe Caubère prouve encore et encore qu’il est avant tout ce comédien créatif, entier, fantasque, libertaire, rabelaisien et surtout bourré de talent et d’un amour incommensurable pour la scène et le public.

Pierre Salles,
envoyé spécial à Montpellier

Prochaines dates :
Théâtre du Chêne Noir – Festival Off 2018 d’Avignon – Tous les jours à 21 h 30 du 6 au 29 juillet

Pour un avis contradictoire sur ce même spectacle, lire aussi notre autre critique ICI

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