« L’IDIOT », UNE ENERGIE THEÂTRALE QUI FINIT PAR EPUISER

CRITIQUE. « L’Idiot » – Adaptation du roman de Dostoïevski – mis en scène par Thomas Le Douarec – Théâtre 14, Paris jusqu’au 30 juin 2018. Durée 2H20.

De l’énergie et du talent, il y en a assurément. La Troupe de Thomas Le Douarec manie l’art de l’interprétation avec ardeur et précision. Du verbe et de l’intelligence dans le propos, il y en a aussi indéniablement. Quelle belle idée que d’adapter ce si beau texte de Dostoïevski sur scène. Le sujet et les protagonistes offrent, en effet, une belle matière à explorer au théâtre.

Nous voilà plongés au cœur de la Russie du XIXe. De retour de Suisse où il a été soigné pour son épilepsie, le prince Mychkine, que l’on croît « idiot », à cause de sa vision si singulière sur les choses, va découvrir et se confronter à l’hypocrisie et la cupidité humaine. Au fil de ses rencontres, la candeur d’enfant, la pure bonté de ce jeune homme questionnera la bassesse et l’immoralité de ces Russes en perdition. Par cette opposition, Dostoïevski pose une critique féroce sur la société russe du XIXe, mais aussi sur la faiblesse et la médiocrité humaines. Entre le vice et la vertu qui finira par l’emporter ?

Un sujet plein de promesses et pourtant… Si nous sommes, dès les premières minutes, transportés dans cette Russie décadente, grâce au rythme effréné, impulsé d’emblée par l’interprétation des comédiens et prêts à croquer avec plaisir à ce moment de théâtre, nous finissons par nous épuiser. Le rythme ne tarit pas et manque de variation pour recevoir pleinement le propos. Le jeu des comédiens se force. Les chapitres du roman défilent, manquant de tension théâtrale dans la construction pour faire sens sur scène. La farandole de couleur des costumes finit par écœurer. Il y en a trop, on en fait trop, c’est trop long ! Si l’on comprend l’idée du metteur en scène de donner à voir l’outrance de cette société, le résultat n’en reste pas moins « bruyant » et manque de « sensible » dans le rythme, le jeu, la scénographie, la dramaturgie. Dans toute cette clameur, nous finissons par peiner à bien « entendre » la parole et la philosophie si justes de celui que l’on nomme « l’idiot ».

Marie Velter

avec Daniel-Jean Colloredo, Arnaud Denis, Caroline Devismes, Thomas Le Douarec ou Gilles Nicoleau, Marie Lenoir, Solenn Mariani, Marie Oppert, Bruno Paviot, Fabrice Scott.

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