« BOTALA MINDELE », CINGLANT REMI DE VOS !

CRITIQUE.« BOTALA MINDELE », écriture de Rémi De Vos, dramaturgie & mise en scène de Frédéric Dussenne – Théâtre des Célestins, Lyon – du jeudi 24 au samedi 26 mai 2018 – 20h30

Il pleut sur Kinshasa. C’est la nuit. Ruben, l’œil rivé à la fenêtre, et Mathilde, irritée par son comportement, attendent leurs invités, Corinne et Daniel, à dîner. La ponctualité est l’obsession de Daniel. Quitte à se garer non loin de la maison, il attend toujours le moment de faire son entrée à l’heure précise ! C’est en tout cas ce que pense Ruben. L’ambiance est plantée dans un décor blanc, sobre, clair. Comme celle d’un polar qui ne l’est pas, puisqu’il s’agit d’une comédie !

Ruben fait des affaires avec le gouvernement congolais. Daniel a, lui, a un projet de caoutchouc qui implique les pouvoirs publics du pays. Il espère bien l’aide de son hôte pour entrer en contact avec le puissant ministre, invité lui aussi. Ce dernier n’est pas pressé. Mais il arrivera pour annoncer à Ruben que le chantier public qu’il était censé décrocher auprès de son gouvernement, passera finalement aux mains des Chinois. Ironie absolue ! «L’homme blanc qui se croyait sur le toit du monde» se fait doubler économiquement par l’empire communiste ! S’ensuivent des arguments de mauvaise foi qui laissent le ministre imperturbable. Cet homme blanc qui n’a jamais considéré l’Afrique comme un partenaire égal découvre qu’elle n’a plus besoin de lui. Une Afrique représentée dans la pièce par deux domestiques noirs, Louise et Panthère, sensuels à souhait, issus d’une nouvelle génération qui fait tourner la tête aux deux couples.

Le ministre parti sorti, tout s’effrite. Mépris, culpabilités, frustration sexuelle, névrose, sexisme. Tout éclate. Le spectateur, pris à partie dans ce tourbillon de sentiments, de ressentis, d’échanges durs et burlesques, éclate de rire pour ne pas pleurer.

Avec ce vaudeville à la Feydeau, le dramaturge français Rémi De Vos – dont les œuvres sont traduites dans une quinzaine de langues et jouées dans de nombreux pays – ne fait pas dans la provocation. Il utilise les fonctions du théâtre en posant les questions qui dérangent l’ordre et le système. Avec des dialogues cruels et précis et une humanité profonde. La mise en scène de Frédéric Dussenne renvoie, entre autres, à l’image de l’Occident qui perd progressivement son pouvoir d’influence et refuse de le voir. L’enjeu, pour le metteur en scène, « n’est pas de faire œuvre seul, mais de rencontrer l’autre. Dans un monde narcissique jusqu’à l’hystérie, c’est un exercice salutaire qui exige le dépassement de soi ».

J’y vais ! J’y cours !

Julia Garlito y Romo
Vu au Théâtre de Poche, à Bruxelles,
en septembre 2017.

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