« ITHAQUE NOTRE ODYSSEE », LE THEÂTRE ENGAGE DE CHRISTIANE JATAHY

CRITIQUE. « Ithaque Notre Odyssée 1 » – D’après homère – mes Christiane Jatahy, artiste associée – Ateliers Berthier (17e) – Jusqu’au 21 avril 2018 – Durée estimée 2h.

Créé aux Ateliers Bertier en 2018, ce premier volet de ce qui s’annonce comme un diptyque, s’interroge sur le retour chez soi. « Ithaque – Notre Odyssée 1 » est comme son titre l’indique, inspiré du mythe de l’Odyssée. Le génie de Christiane Jatahy tient dans sa capacité à s’approprier le mythe est à le transposer dans notre réalité actuelle.

Invités dans un premier espace, nous comprenons tout de suite qu’il manque la moitié des spectateurs, et la moitié de la scène. Nous n’avons pas encore accès à l’autre côté, mais nous le devinons, nous l’entendons. Pour ma part, j’ai d’abord eu le point de vue de Pénélope, puis nous avons été invités à changer de côté, et alors que les acteurs reprenaient la même pièce, je découvrais le point de vue d’Ulysse. L’espace en bifrontal prenait tout son sens, et les silences et les cris de ce qui se jouaient de l’autre côté, n’étaient plus mystère.

Christiane Jatahy cherche toujours de nouvelles possibilités d’explorer différentes relations ; le rapport entre le texte et le temps présent de la scène, l’espace et la relation au spectateur, et les rapports entre théâtre et cinéma. La mise en scène génère de multiples points de vue pour le spectateur. Le point de vue de Pénélope – Ithaque – et d’Ulysse – le chemin vers Ithaque – sont en face à face, et l’espace est, dans un premier temps, scindé en deux par des écrans de fils. Entre ces deux rideaux de fils, sur lesquels sont projetés les films réalisés en direct par les comédiens, il y a un espace, qu’on devine à travers les fils mais qu’on doit imaginer ; l’espace du cinéma, de l’intimité, de l’imagination. Les espaces finissent par se réunir, tout se transforme en Ithaque : un espace unique envahi par l’eau.

Invités chez Pénélope puis chez Calypso, nous participons à une sorte de fin de fête, les acteurs, désinvoltes, nous proposent des chips et des cacahuètes. Et ce qui semble être une fête triste mais frivole, se transforme en voyage, et nous embarque dans des questionnements, sur l’envie de rentrer chez soi, sur la guerre, sur l’amour, sur le passé et le présent, sur la condition de l’étranger et du réfugié, sur comment nous construisons les fictions et comment nous percevons la réalité.

« Nous sommes tous ensemble sur le même bateau. Il n’y a plus de séparation entre la scène et la salle, entre ceux qui vivent et ceux qui voient » C. Jatahy

Le temps semble arrêté. A la fois nous ne nous ennuyons pas, et à la fois nous avons des respirations pour recevoir ce que nous donne très généreusement les comédiens. Je sors conquise et bouleversée de ce voyage qui parle du monde d’aujourd’hui. Une fois encore, à travers une réflexion politique, notamment par rapport à ce qui se passe au Brésil actuellement, Christiane Jatahy nous parle aussi d’amour, de soi, et cette fois-ci d’exil et de guerre. Grâce à sa poésie, avec ses acteurs et sa scénographie, elle nous donne avec beaucoup de douceur, une réflexion très forte et nous livre une fois de plus un théâtre engagé.

Norma Soine

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