« HUNTER, LE CHANT NOCTURNE DES CHIENS » : UNE PERFORMANCE EFFROYABLEMENT REUSSIE !

CRITIQUE. « HUNTER, LE CHANT NOCTURNE DES CHIENS » – Texte, mise en scène, scénographie Marc Lainé – Théâtre de Châtillon, vendredi 13 avril / La Comédie de Saint-Étienne, du 24 au 26 avril 2018.

Avec Hunter, Marc Lainé prolonge son exploration du cinéma de genre. Après le band movie, puis le road movie, il s’attaque au film fantastique et nous propose avec Hunter, un conte à faire peur sur le désir. Une réflexion au féminin sur la sauvagerie, les pulsions, la part de monstruosité humaine.

Irina, jeune fille orpheline de mère, est « séquestrée » par son père depuis de longues années. Il a peur de voir le désir de sa fille grandir et de la voir perdre le contrôle sur la « bête » qui sommeille en elle. Mais à trop vouloir refouler les pulsions sexuelles, n’est-ce pas les pulsions de mort que l’on anime ? La première rencontre, inévitable, d’Irina avec un homme, réveille ce monstre de désir, la ronge de l’intérieur et la transforme progressivement en louve dévoreuse. Cet être mystérieux vient hanter le couple de l’homme qu’elle a croisé.

Par cette rencontre, Marc Lainé propose un jeu intéressant sur la dualité entre la normalité sociale sous contrôle et l’étrangeté « intérieure» qui souvent nous échappe et que nous souhaitons cacher. Pour le figurer, deux espaces scéniques s’opposent. D’un côté, dans une boite en fond de scène, l’appartement bien rangé d’un jeune couple bourgeois dont la vie bien tranquille sera bouleversée par « l’autre côté » ; l’univers de cette étrange créature, situé en avant scène, lieu de désir, de fantasme et de pulsion. Que se passe-t-il quand les deux mondes deviennent perméables ? Quand le fantasme prend le contrôle sur la réalité ? Quand l’Homme n’est plus guidé que par l’assouvissement de son désir et de ses pulsions ?

Pour cette plongée fantastique, Marc Lainé, choisit, encore une fois de mêler musique live, cinéma et théâtre et c’est très réussi ! Il propose une expérience hors-normes, une performance jouissive à tous niveaux. Performance sonore avant tout ; L’univers sonore est remarquable et apporte une dimension terriblement pop au spectacle. Il est porté par la bande-son captivante de l’electro Superpoze (Gabriel Legeleux) qu’il nous livre en live, par le chant envoûtant de la comédienne Marie-Sophie Ferdane et par les jeux très travaillés sur les voix. Performance de métamorphose, ensuite. La transformation, à vue sur scène, de la jeune fille en bête monstrueuse, impressionne autant qu’elle dérange.

Performance filmique aussi ; la réalisation en direct multiplie les effets de trucages, en référence au cinéma de genre, pour une angoissante plongée dans l’étrange. Performance d’acteur, enfin ; Marie-Sophie Ferdane incarne diablement cette mystérieuse jeune fille aux prises avec ses pulsions, à vous glacer les os. Tout est réuni pour garantir le vrai frisson, mais…

Au-delà de cette immersion dans un conte angoissant, Marc Lainé a eu l’ambition de démonter, donner à voir les techniques de réalisation du genre. Il prend le parti pris d’un spectacle où tout est « à vue » : Maquilleuse, caméraman, musicien, caméra, fond vert s’emparent de la scène. Le décor met, d’ailleurs, au-devant de la scène, les coulisses du tournage. Si la démarche est intéressante, elle fait malheureusement perdre de la puissance à l’atmosphère construite autour du conte. Ce dispositif ultra technique nous met à distance. À trop nous donner à voir, le spectacle d’horreur devient cérébral, démonstratif et nous voilà un brin frustrés de ne pas être totalement submergés par le « mordant » de ce conte étrange pourtant si prometteur.

Une question se pose alors. Dans tous ces possibles qu’offrent aujourd’hui les spectacles hybrides qui grisent et motivent les metteurs en scène contemporains, la performance technique ne doit-elle pas retrouver une juste place ? Ne doit-elle pas rester plus un moyen qu’une fin en soi ?

Petite frustration mais qui ne gâche pas l’expérience. Tellement bien que nous en aurions aimé plus, voilà tout. Un grand bravo à toute l’équipe, car c’est un vrai travail d’équipe dont il s’agit. J’y cours pour la performance.

Marie Velter
Spectacle vu au Théâtre de Châtillon, vendredi 13 avril

* Musique originale Gabriel Legeleux (alias Superpoze) – Maquillage Noï Karuna – avec Geoffrey Carey, Bénédicte Cerutti, Marie-Sophie Ferdane, Gabriel Legeleux, David Migeot

Prochaines dates : Saint-Étienne (La Comédie) 24 au 26 avril 2018 / Brest (Le Quartz) 23 et 24 mai 2018 / Lyon (Les Subsistances) 1er au 3 juin 2018

Photos Olympio Photos

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