PORTRAIT : « MYTHOS », DE PERE EN FILS

Mâel Legoff festival " Mythos "

PORTRAIT. FESTIVAL MYTHOS 2018 – 22ème Edition – du 13 au 22 Avril 2018 à Rennes

Mythos, de père en fils.

Bien que Rennais d’adoption, Mael Le Goff n’a rien d’un mythomane – référence à Daho, évidemment – ni l’assurance insolente des fils de… car sa légitimité à la direction de Mythos, il a dû l’acquérir à la force de concepts pour renouveler une manifestation culturelle inspirée par son père Alain, conteur de son état.

Le Goff fils, donc regarde son père, professeur de français, latin, grec, se produire en tant que clown et remettre au goût du jour la belle mission de conteur. Installé à Lorient, le jeune Le Goff, bac en poche, va à Rennes pour poursuivre ses études et c’est là, au Théâtre National de Bretagne, mais pas que, qu’il va découvrir le théâtre avec un grand T au point de s’essayer à en faire, en amateur.

Sera-t-il comédien ou organisateur de spectacles… c’est le hasard de la réhabilitation de la Chapelle du Vieux St Etienne à Rennes qui va décider de son destin. Et dès 1995, appuyé par l’adjoint à la culture de l’époque, sur le modèle et l’impulsion des « tombées de la nuit » qui ont une petite programmation de conte, principalement en lien avec la langue Bretonne, que va se créer un temps fort intitulé « En faim de conte », porté par l’association « J’ai mangé mon père » – ça ne s’invente pas ! – auquel des artistes comme Yannick Jaulin ou Pépito Matéo prêtent généreusement leur concours… on est en 1997 et les prémisses de Mythos sont là : quatre soirées au Théâtre du Vieux St Etienne avec des conteurs et ça durent deux ans…

Mael Le Goff, en bon perfectionniste, se dit qu’il faut parfaire ses compétences et espère suivre un DESS de Direction de projets culturels à Grenoble sauf qu’il reste à Rennes où il va rencontrer Olivier Poubelle, le célèbre producteur des Têtes Raides notamment, qui va ouvrir cette voie à la chanson dans le festival tel qu’on le connaît aujourd’hui.

Au bénéfice d’un Magic Miror installé Place Hoche à Rennes en 2000, d’une belle énergie communicative et d’un soutien public et politique, le jeune Maël Le Goff, tout juste 24 ans, poursuit son idée avec l’énergie de la jeunesse.

Le festival s’étend Place du Parlement. Les nuisances sonores ont raison de ces fêtes. La Ville de Rennes décide d’exiler le festival, alors en plein essor, au Parc du Tabor où il est encore. C’est sans doute ce qui l’a sauvé car un magnifique espace d’expérimentations à ciel ouvert va se créer, donnant encore aujourd’hui tout son sens à la fois au Festival mais aux multiples initiatives qui s’y déroulent…

Cette intrusion de Mythos dans le quotidien Rennais va lui donner ses lettres de noblesse pour s’étendre jusqu’à la Métropole et s’adosser ces dernières années à l’Aire Libre, un théâtre permanent où se déroule toute l’année des spectacles mais surtout des résidences dont les œuvres seront, peu ou prou, présentées dans le cadre du Festival Mythos.

C’est à ce moment que s’opère aussi la mue du Festival qui donne la parole au récit, qui propose à des metteurs en scène, chorégraphes, comédiens de raconter des histoires… La question que pose Mael Le Goff appuyé, épaulé depuis les débuts par Emilie Auren, c’est de savoir « où sont les nouveaux conteurs » et de voir à la suite d’artistes comme Mohamed El Khatib, trente à quarante conteurs francophones se succéder à Rennes, tout au long des éditions de Mythos.

Si l’idée d’une forme de fidélité aux artistes se fait jour, la réussite de ce festival repose aussi sur le besoin d’ouvrir le plus largement la palette de manière à offrir au public un trait d’union entre le festival du TNB et Les Tombées de la nuit.

Au fil du temps, le modèle économique de Mythos, comme de tous les Festival, évolue jusqu’à s’ouvrir à la gastronomie, ajoutant un troisième pilier qu’étaient originellement le récit et la musique. Ainsi, des générations entre 25 et 55 ans se croisent dans le Parc du Tabor. En plus des artistes, soixante dix chefs invités, quatre mille repas servis en dix jours, devenus « toqués » pour l’occasion…

Mythos est une machine qui inclut au sens ou plus de quatre cents bénévoles aident à fabriquer ce festival son image et son sens de la fête qu’on retrouve à toutes occasions. Une folie douce qui saisit tout le monde comme des Maires de villes voisines tel celui de St Jacques de la Lande qui suit le mouvement, propose des espaces, veut en être… un bon moyen de jauger de la réussite du projet.

Autre signe de la réussite aussi bien du projet que des choix artistiques, c’est cette antichambre qu’est Mythos à un autre Festival, celui d’Avignon qui valide un peu plus la pertinence des choix de toute l’équipe menée par Mael Le Goff.

Alors cette 22ème édition, entre deux dimanches et boum pour enfants, s’accompagne du # tropdeplaisir… et le fait est que ces dix jours semblent frappés d’une over dose de spectacles et de public avec ses 34 000 spectateurs où se croisent Feu ! Chatterton et Camille, Clara Luciani et Pierre Note, Yannick Jaulin – en figure historique – et Stéphane Eicher… on est loin, on le voit, du festival de conteurs au coin du feu avec une guitare, image qui a longtemps collé au conte et à ses festivals ; mais impossible avec celui de Rennes qui règne depuis vingt et un an au firmament de ce qui se parle…

Emmanuel Serafini

Photo T. Crabot

Publicités

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s