RENCONTRE AVEC NICOLE GENOVESE

Rencontre avec Nicole Genovese, auteure et comédienne de la pièce « Ciel ! Mon placard »

Originaire de Nice, l’auteure et comédienne Nicole Genovese nous parle des quatre années de la tournée de sa pièce « Ciel ! Mon placard », ce vaudeville contemporain revisité, très largement encensé par la critique, qui aura fait rire aux larmes de nombreux publics de France et de Navarre. Après le Théâtre National de Nice en février dernier, les toutes dernières dates se joueront les 29 avril, 30 avril et 1er mai au Théâtre de la Loge à Paris où le la pièce fut créée en 2014… avant que, Ô Ciel !, le placard ne se referme définitivement !

Le TRIBUNE : Quatre ans de tournée et 80 représentations, quel bilan fais-tu du succès de « Ciel ! Mon placard » ? Comment et pourquoi décide-t-on d’arrêter de jouer une pièce comme celle-là ?

Nicole Genovese : J’ai écrit « Ciel ! Mon placard » en 2011 à un moment où j’avais besoin de réconcilier deux périodes de mon parcours d’artiste : mes années de théâtre de boulevard à Nice et mes années parisiennes, dans le giron du Théâtre Public qui m’ont éloignée de mes premières amours. Je suis heureuse d’avoir fait ce travail car c’est une réconciliation qui me tenait à cœur dans la mesure où j’évolue dans un réseau qui méprise ce répertoire. En quatre ans il y aura eu 80 représentations de la pièce en France, en Suisse et à Andorre (oui nous ne faisons que les pays riches !). Une telle exposition est devenue rare pour une jeune troupe dont le projet a été entièrement autoproduit Le spectacle a bien vécu, c’était une parenthèse hors du commun à tout point de vue. Nous avons fait ce que nous avions à faire, arrêtons-nous tant que l’humeur est vigoureuse, et voyons ce que ça raconte la mort d’un spectacle en bonne santé.

Ta pièce a été jouée dans nombre de petites villes et villages et aussi dans des quartiers défavorisés : As-tu pu alors vérifier que ta pièce tenait vraiment du théâtre populaire, accessible à tous les publics, comme tu le voulais ?

Je crois oui. « Populaire » dans le sens où elle a rencontré une large frange de la population. Je tenais vraiment à ce que le format de la pièce, sur le plan technique, puisse s’exporter facilement. Donc oui, la pièce a été accessible à tous les publics puisqu’elle a voyagé vraiment partout : gymnases délabrés, salles des fêtes de villages, CDN, villes cossues ou modestes, scènes conventionnées, hangars agricoles, théâtre municipaux au cœur de cité HLM et scènes nationales.

Très subversif, « ignominie culturelle » comme tu t’amuses à le qualifier, « Ciel! Mon placard » serait-il un vaudeville politique ?

« Ignominie culturelle », oui. Parce que c’est un retour qui m’a souvent été fait, avec des phrases du genre « Je ne comprends pas pourquoi une jeune femme de sa génération écrit un truc pareil ! Y a quand même plus urgent à défendre sur une scène de théâtre, non ? »… ça m’excite beaucoup ce genre de remarque de merde… du coup, je me suis amusée à qualifier la pièce d’« ignominie culturelle ». « Très Subversif », non. C’est une formule qui a été reprise par la presse d’après la conférence que j’avais donnée sur les vertus subversives du théâtre de Boulevard, en 2013, et dont on pouvait retrouver certains éléments dans la note d’intention que j’avais publiée sur les programmes de Ciel ! mon placard distribués en salle, c’était une erreur. Je l’ai rapidement retirée des programmes. Pour moi, une note d’intention agit comme une notice, elle impose des clés de lecture au spectateur, formule une sorte de contrat moral entre mes intentions et ce qu’on voit au plateau… j’aime vraiment pas ça. Et si j’ai parlé de subversion, c’était pour nommer ce geste qui me tenait à cœur : infiltrer le réseau public avec un objet relevant du théâtre privé. Est-ce que les actes d’infiltration ou de pollution sont politiques ? Je crois que répondre à cette question ce n’est pas mon métier, c’est le tien.

Ton texte a tout pour devenir un classique avec répliques et personnages cultes à la clé : comment vivrais tu qu’il soit repris par d’autres troupes dans quelques années ?

Merci pour ce présage… ça me flatte. Mais pour l’heure, ce que je peux dire, c’est que j’ai refusé de publier « Ciel ! Mon placard » parce que laisser d’autres s’emparer de ce texte, et plus globalement laisser des traces, soulève beaucoup d’inquiétude en moi. Ce que je trouve total avec le théâtre, c’est justement son caractère éphémère. On pose un geste, avec des gens, devant d’autres gens et ça ne regarde que les présents. Alors enfermer « Ciel ! mon placard » dans une captation vidéo ou un livre… bof… demi-molle… quant à ce qui restera de tout ça demain… ça ne me regarde pas je crois…

Comment as-tu vécu ton double statut d’auteure et de comédienne dans ta propre pièce, surtout vis à vis du metteur en scène et des autres comédiens ?

Je laisse tout le monde travailler à son rythme et composer ses parties selon ses besoins. A partir de là, puisque chacun respecte la sphère d’initiative de l’autre, étant l’auteure du texte, les autres comédiens ou le metteur en scène ont respecté ma sphère d’implication. Idem pour mon travail de comédienne. D’une manière générale, chacun a fait un peu comme il le sentait, d’où le reproche qui nous a été souvent fait au sujet de l’hétérogénéité des niveaux de jeu par exemple… moi ça me plait bien que ce ne soit pas homogène, cohérent, nivelé… j’aime mieux le bordel, le raté. Le texte était le seul cadre, notre cellule de référence commune, comme une partition de musique.


Le texte de « Ciel ! mon placard » est remarquablement efficace d’un point de vue théâtral : Où et comment as-tu appris l’écriture de théâtre ?

Je te remercie pour cette seconde flatterie… Eh bien j’ai appris à écrire à l’école avec des instits niçois. Pour le reste, c’est sans doute un résidu de poésie qui m’habite et qui parfois s’exprime par le bout de mes doigts.

Jouer enfin au Théâtre National de Nice te tenait-il à cœur ? As-tu senti une particularité du public niçois ?

Jouer à Nice me tenait à cœur puisque j’ai traversé ma puberté dans le coin. Comme beaucoup de niçois qui font du théâtre, j’ai secrètement fantasmé une de mes créations sur la scène du TNN et puis nous sommes trois personnes dans la troupe à avoir une histoire avec Nice, donc c’était triplement génial d’y jouer ! Quant à l’accueil du public, il a été très surprenant. Sans doute que ça tenait à la structure de la salle en arène ou à l’accueil chaleureux des équipes d’ouvreurs, administratives et techniques du théâtre, mais nous sommes tous d’accord pour dire que nous avons connu nos plus belles représentations là-bas. Les réactions du public semblaient très fines, ils riaient bien sûr, comme beaucoup d’autres publics qu’on a rencontrés, mais on sentait qu’ils faisaient une lecture de la pièce toute autre, très intelligente, et qu’il y avait un dialogue précieux entre la salle et nous, c’était très troublant, c’était un beau cadeau de théâtre.

Pour tes prochains projets, vas-tu continuer à écrire dans la veine du vaudeville contemporain ?

Non. Je suis réconciliée avec mon passé.

Propos recueillis par Jérôme Gracchus

Photo Charlotte Fabre

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