« ET DIEU NE PESAIT PAS LOURD » MET LE FEU AUX MECHES DE L’ESPERANCE

CRITIQUE.  » Et Dieu ne pesait pas lourd…  » – texte Dieudonné Niangouna – Mise en scène et interprétation Frédéric Fisbach – actuellement en tournée – Prochaines dates : La Comédie de Saint-Etienne, du mer. 04/04/18 au ven. 06/04/18

MERCI d’avoir mis en commun votre colère contre le monde  » tel qu’il ne va pas  » Messieurs Fisbach et Niangouna ! Car ce  » Et Dieu ne pesait pas lourd… » fout le feu aux mèches de l’Espérance par le Théâtre.

Niangouna, devant les curseurs de la console du Verbe, se révèle un ingénieur d’intelligence redoutable. Citons par exemple « Dès que les gens se mettent en peur naît la masse.Dès que règne une menace quelconque se crée la masse. Le type qui n’a pas besoin d’être indexé se dilue dans la masse. C’est quoi la masse alors ? La masse c’est la somme de tous les perdants qui ne veulent pas s’exprimer personnellement « . Ou bien encore :
 » Quand les mots deviennent à la mode, les vocabulaires qui les ont vu naître perdent leur sens. » Et enfin, cette petite dernière beauté pour la route  » J’étais juste en train d’expulser mes diables du placard.C’est la raison de mon Théâtre « . De cet « écrire de la parole » Niangouna nourrit l’histoire d’Anton, seul en scène, acteur, terroriste, agent du FBI…même si dans cette histoire, le personnage essentiel est les possibles fascinants du Théâtre et de sa parole.

Ce verbe est si à l’aise à s’emparer du plateau qu’on ne veut surtout pas attacher nos ceintures, pour sentir au plus proche le vertige de son parcours, de sa puissance, la vivacité de ses illusions, de ses fictions, de ses réalités (états abrupts d’un monde en fin de souffle notamment), de ses tremblements internes et externes.

Quant à Fisbach, il campe impeccablement cet Anton en complet jogging fadasse.Il nous balade brillamment au son récurrent, strident, d’alertes de centre de détention et de lumières, caméra, écran vidéo qui délimitent le plateau, le redéfinissent à volonté et semblent aussi mobiles qu’il est droit dans ses baratins pour avancer dans ses histoires.

Il nous impose une foulée très juste pour recevoir cette pièce qu’on le sent chérir. Il avoue en effet qu’il a demandé à Niangouna, en lui passant commande de ce texte :  » si c’était mon dernier spectacle, j’aimerais que ça soit celui-là « . Alors, évidemment, on le sent miser le tout pour le tout, comme les êtres qu’il raconte et ça matche.

S’il enfume le plateau de fumée, nous mettant tous dans le rouge face au naufrage du monde contemporain, rendant palpables les vraies-fausses montées en péril de ce monologue, jamais il ne s’embourbe entre diatribe à un terroriste, redéfinition de Dieu, récit de soi de comédien, morceaux de poème épique : tout ça circule, se conjugue, se potentialise…oui, ça matche !

Le Théâtre et ses Arts pèsent une rayonnante tonne dans cette force à faire sortir des zones de confort et à éclairer les consciences. Et nous acceptons ainsi de faire notre part de chemin dans nos colères, surtout qu’on rit aussi à plus d’un titre. Par exemple celui de se sentir avoir commencé à y croire ! Et d’observer ainsi son discernement entrer en zone de flou !

Où est la vérité ? Où sont les nouvelles vérités ? De quoi le Théâtre est il toujours et encore capable ? Allez voir  » Et Dieu ne pesait pas lourd… » pour rendre visite de très près à toutes ces questions, et voir Fisbach et Niangouna se jeter à mots et corps jamais perdus, dans la dynamique créative de leur colère.

Une vérité est certaine : celle d’un moment de Théâtre beau comme l’Amitié tendre, vive, pleine d’humour et d’intelligence qui unit ces deux là.

Marie-Zélie
Vu lors de la dernière le 28 janvier 2018 à la MC93 Bobigny, Scène Nationale

Photo Simon Gosselin

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