« ADIEU MONSIEUR HAFFMANN », EN MANQUE NAVRANT D’INTENSITE …


CRITIQUE. « Adieu Monsieur Haffmann » pièce écrite et mise en scène par Jean Philippe Daguerre – Du 12 janvier au 18 mars 2018 au Petit-Montparnasse à Paris. Durée 1H30.

Noir dans la salle. Salut final. Instant de vérité. Le public se lève, applaudit chaudement, apparemment emporté par ce qu’il vient de voir. « Adieu Monsieur Haffmann» est, en effet, une pièce qui a de quoi séduire : le sujet y est sensible, le devoir de mémoire important – l’occupation allemande en 1942, la rafle des juifs- et il est traité, ici, avec une légèreté libératrice. La mise en scène de fortes inspirations cinématographiques apporte une couleur attachante. La scénographie prônant la simplicité offre une belle esthétique. L’intrigue est bien ficelée et se développe avec agilité. Sur ces points rien à redire et j’en comprends l’enthousiasme et les nombreuses critiques de spectateurs qui m’ont incitée à voir ce spectacle. Tout est beau, maîtrisé. Et pourtant…

Noir dans la salle. Salut final. Instant de vérité. Je reste assise, peu inspirée par ce que je viens de voir. Avec moi, mes deux voisins et quelques autres personnes très certainement dans la salle. Mystère du théâtre, nous sommes, nous, restés « à quai », en surface, sur notre faim. La même pièce avec ses mêmes apparats s’est déroulée devant nos yeux mais nous est apparue très lisse, trop sage en regard des sujets traités. Les situations promettaient pourtant quelques séquences explosives :
Le pacte « étrange » de départ : Protection contre procréation.
La quête des protagonistes : donner la vie dans un contexte de mort.
La confrontation d’un juif clandestin et d’Otto Abetz, figure nazie dans la France Occupée.

Face à ces thèmes forts proposés, j’ai cherché, en vain, un petit accroc dans ce scénario bien maîtrisé, une faille perceptible chez les personnages, la mise sous tension provoquée par ces situations. Ce petit grain de sable qui fait perdre un peu de « beau » mais donne du relief et de l’émotion. Mais rien ! Tout se déroule sous le même rythme et avec la même esthétique, comme s’il fallait absolument ne montrer que la part belle de l’histoire, oublier la laideur pour ne présenter que le beau. La volonté de l’auteur/metteur en scène était de traiter le sujet sans pathos et par la comédie, Soit ! Mais, même sous un registre humoristique, la tension ne devrait-elle pas être palpable, voire même insoutenable ? Au fond de mon siège je me suis demandée « où était la guerre dans laquelle les familles Haffmann et Vigneau sont plongées ? », « où étaient la peur et le courage dont parle Monsieur Haffmann? », « où était l’antisémitisme et la menace qui pèse sur les juifs, au cœur du propos ? », « le déchirement, l’absence des siens, l’attente… ? ».

Alors certes, la pièce peut être « plaisante » mais elle est trop policée et édulcorée, à mes yeux, pour porter les thèmes dont il est question. Elle manque d’intensité, de rugosité pour convaincre, nous faire vibrer. Et, je comprends moins les éloges que certains lui prêtent : « remarquable, percutant, suspense pesant, un petit bijou… ». Je tenais juste à nuancer…

Marie Velter

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3 réflexions au sujet de « « ADIEU MONSIEUR HAFFMANN », EN MANQUE NAVRANT D’INTENSITE … »

  1. Cette pièce m’a paru remarquable et tout le bien que je viens de lire me paraît justifié. Et cependant, il me semble qu’il y a un certain nombre de problèmes. Quant au fond et à l’incarnation des personnages.
    Un couple de Français, jeunes, beaux, mais l’homme, employé dans la bijouterie, est stérile. Pour avoir un enfant, le couple demande l’aide du bijoutier qui a déjà plusieurs enfants : plus petit, plus âgé, moins beau. Ta

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    1. Nul besoin de smartphone pour ne pas -du tout- apprécier une pièce vide de sens et de forme, au point d’en trahir son sujet… Et le nombre de spectateurs lambdas à se lever n’est pas que l’on sache un critère de qualité : on en voit beaucoup pour se lever devant les inutilités (pour ne pas dire plus) d’un Bigart ou d’un Djamel Debouzze… Quant au « OFF d’Avignon », où le pire (80%) côtoie le meilleur (5%), ce n’est pas vraiment une référence, comme chacun (bien informé) le sait…

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