« LAMPEDUSA BEACH », DESCENTE EN EAUX PROFONDES

CRITIQUE. « Lampedusa Beach » – Mise en scène d’Eleonora Romeo sur un texte de Lina Prosa – Traduit de l’italien par Jean-Paul Manganaro – Théâtre du Chien qui Fume à Avignon – Les 3 et 4 Février 2018

C’est dans le cadre du Fest’hiver, le festival d’hiver des Scènes d’Avignon, que la jeune metteuse en scène Eleonora Romeo propose au Théâtre du Chien qui Fume le premier volet de la « Trilogie du naufrage » de l’auteure sicilienne Lina Prosa qui a commencé à écrire son triptyque dès les années 2003 avec ce premier volet qui s’intitule « Lampedusa Beach ». Suivront plus tard « Lampedusa Snow » et « Lampedusa Way ».

Cette première partie est celle du naufrage, de cette embarcation dans laquelle 700 réfugiés et quelques passeurs tentent de rejoindre Lampedusa depuis les côtes africaines. Naufrage aussi de Shauba, cette jeune migrante qui se voit engloutie par les flots et qui tente désespérément de s’accrocher à ses lunettes de soleil, comme à une bouée de sauvetage, mais qui descend lentement au fond des eaux.

Le texte de Lina Prosa est aussi un devoir pour elle de redonner une histoire et un nom à tous ces corps sans vie jonchant le fond de la méditerranée et de leur permettre d’être autre chose qu’un flux ininterrompu de nombres et de statistiques égrenés tous les soirs dans les journaux télévisés.

La metteuse en scène Eleonora Romeo a misé sur une scénographie épurée, peut-être pas encore assez. Des éléments moins évidents, voire une scène vide, auraient peut-être mis davantage le texte et sa mise en scène en valeur. Nul doute qu’un travail post-création verra la scénographie évoluer au fil du temps vers moins de superflu et qu’Eleonora Romeo parviendra à épurer son travail pour ne garder que la subtilité et l’émotion déjà bien présentes dans cette terrible descente au fond des eaux.

Au travers de belles images, de jeux de lumière judicieux et d’une bande son originale et bienvenue, la comédienne italienne Stefania Ventura oscille durant une heure sur les mots de Lina Prosa, tantôt sous une forme résignée tantôt plus revendicatrice et quasi animale. Sans jamais céder à la violence la comédienne parvient à nous faire sentir toute la détresse et tout l’espoir de ces hommes et ces femmes en mettant avant tout l’individu au centre du propos.

Même si quelques problèmes de diction ou de transcription durant un passage en Italien peuvent parfois entraver la compréhension du texte, la poésie de Lina Prosa passe au travers de la mise en scène et du jeu de la comédienne et touche les cœurs des spectateurs pourtant tristement habitués à ces naufrages répétés sans noms et sans histoires.

Une belle première pour cette jeune metteuse en scène qui donne maintenant envie de découvrir le triptyque au complet.

Pierre Salles

Photos Vincent Marin

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