A BASSORA, UN THEÂTRE POUR PANSER LES PLAIES

MAGAZINE. OUVERTURE DU NOUVEAU THEÂTRE DE BASSORA (Irak).

Bassora a réouvert son théâtre le 28 décembre dernier, où fut présentée pour l’occasion une opérette. Renouant avec le théâtre après 15 ans de guerre civile et de privations, la deuxième ville du pays, est fière de sa nouvelle salle de spectacles que beaucoup perçoivent comme le signe d’une renaissance culturelle.

Il y a longtemps maintenant, la ville de Bassora était surnommée la «Venise du Moyen-orient». Ses canaux étaient célèbres. On venait visiter cette cité portuaire comme un lieu de culture et d’artisanat. Mais depuis 2003, Bassora n’était plus que l’ombre d’elle-même. L’invasion de l’Irak par la coalition anglo-américaine avait plongé la ville, comme le reste du pays, dans une situation de chaos et de désespoir. Seulement, ses habitants n’ont pas abandonné tous leurs espoirs. Pour la première fois depuis quinze ans, un théâtre y a ouvert ses portes.

Pour les spectateurs, les artistes et, plus généralement, les Bassoriens dans leur ensemble, cette inauguration sonne comme le début d’une renaissance dans laquelle ils portent beaucoup d’aspirations. Lors de la première, le 28 décembre dernier, une opérette a été jouée dans la salle construite par un homme d’affaires dans un centre commercial de la ville. Dans le public, Mohammed Badran, 23 ans, s’assoit pour la première fois de sa vie dans un théâtre. «Nos parents nous parlent de plein d’événements artistiques auxquels ils ont assisté. Aujourd’hui, la vie culturelle renaît à Bassora», se félicite cet homme qui a payé son ticket 5.000 dinars irakiens, soit environ 3,50 euros.

«Aujourd’hui, la vie culturelle renaît à Bassora» (Mohammed Badran).

Fathi Khoudair, président du syndicat des artistes de la ville, rappelle que le premier théâtre a été construit en 1945. En 1976, un groupe d’artistes fondait la première troupe de Bassora, qui est devenue la plus célèbre du pays juste derrière celle de la capitale Bagdad, poursuit Kazem Kazar, responsable du théâtre et du cinéma dans la province. «C’était alors une ville culturelle avant d’être une ville pétrolière», explique-t-il.

En 2003, au moment de la guerre conduite par les Américains et de la chute de Saddam Hussein, la ville comptait «cinq théâtres et plusieurs salles de cinéma», mais avec le désastre, tout a fermé, déplore l’artiste Abdel Moutaleb Aziz, qui, à 61 ans, a connu les beaux jours de la culture dans sa cité. La reconstruction s’est ensuite concentrée sur les infrastructures, surtout pétrolières dans la région, et sur la capitale, affirme-t-il.

La multiplication des partis islamistes, et même des groupes armés dans la ville, n’ont pas aidé à la survie des lieux culturels. Aujourd’hui encore, assure M. Khoudair, «les autorités fédérales et locales ne peuvent pas construire un théâtre et il a fallu qu’un homme d’affaires s’en charge». Le promoteur du projet, Ramadan al-Badran, 54 ans, s’enorgueillit d’avoir acheté «les équipements son et lumière les plus modernes» pour cette salle qui pourra accueillir «jusqu’à 600 personnes». Sur scène, un décor en bois reproduit les maisons patriciennes aux fenêtres orientales particulièrement ouvragées qui ont fait la réputation de Bassora. Une ville qui souhaite désormais tourner la page de plusieurs décennies de violence pour renouer avec ses traditions millénaires d’art et de culture.

(AFP)

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