UN « DÎNER EN VILLE » SANS RELIEF(S) QUI NE NOUS RASSASIE PAS

CRITIQUE. « Dîner en ville » – de Christine Angot – Mise en scène : Richard Brunel – Théâtre de la Colline, Paris – 6 mars au 1er avril 2018.

Le bord de scène nous fait découvrir Cécile, la plus grande actrice française, interviewée par la directrice du plus grand théâtre de banlieue parisienne. L’interview ressemble a une caricature d’un entretien psy. Dans un décor dépouillé, un grand appartement, apparaissent tour à tour les invités.

Aujourd’hui, le rituel mondain hérité du dîner de cour des aristocrates, a subi les transformations de la société qui, dans ses nouveaux codes a su réinventer; et même réajuster son snobisme à l’air du temps. A présent c’est un investissement culturel et professionnel. Des gens s’invitent, se rencontrent, parlent. Plaisir mondain de recevoir. Là résident les coulisses du pouvoir. La futilité apparente des conversations, le non-dit, fait place assez rapidement au théâtre de la construction des rapports de dominations autant par les forces sociales en présence que les sentiments qui approchent ou éloignent les personnages. La fatuité à la voix profonde et chaude, l’injustice érigée en fatalité, la culture hautaine. Les petites entorses à la loi.

Portrait ironique d’une petite bourgeoisie cynique. Les mots d’esprit, la connivence, l’indifférence, la cruauté et ses bonnes manières en sont l’essence même.

Le point de fixation de la pièce, c’est Cécile et son compagnon Stéphane. Quel sens Cécile donne t-elle à sa vie ? Elle s’interroge sur la mort qui emporte inéluctablement toute personne. L’être cher en particulier. Sa quête d’amour et de sincérité est confrontée aux compromissions. Alors pourquoi pas l’envie de faire quelques entorses et de prendre quelques « vacances ». Loin des interrogations de Stéphane qui perçoit plus intimement, plus nettement que les autres convives, comment les inégalités, le mépris social, l’arrogance du politique, ont insidieusement perverti les échanges dans les rapports humains. Être acteur de soi même, tél se révèle Stéphane. Ça lui donne accès à sa réalité.

Eux, c’est nous. Ces personnages se donnent en spectacle. Ont-ils conscience qu’ils luttent contre l’anomie programmée ? Ont-ils conscience de n’être que des objets manipulés par le corps social et politique ? Qu’ils sont de moins en moins visibles, audibles, considérés ?

Regis, répond à une de ses invitées: « tu sais Florence la vie est injuste, mais la vie est comme ça. Tu vaux peut être mieux que ce que tu fais, ou t’es peut être pas à la hauteur…c’est injuste…c’est pourquoi j’aime tant la mode…la beauté est injuste… elle est le reflet de la réalité. Celui qui n’aime pas l’injustice n’aime pas la mode. Et n’aime pas la beauté. » La réalité est injuste, et plus encore l’arrogance et le mépris qui suinte de toute part, dans la construction/déconstruction de notre société de spectacle !

Christine Angot et Richard Brunel ont peaufiné un Dîner en ville à une sauce qui laisse percer de l’aigreur sous une apparence de douceur. Christine Angot, écrivain, auteur, polémiste d’une émission politique où elle parle d’entrée de jeu de l’injustice, chroniqueuse à la télévision. Christine Angot a écrit le texte. Elle aime le théâtre. On dit d’elle qu’elle est intransigeante, qu’elle fascine ou énerve car elle gratte là où ça fait mal. Elle nous offre des dialogues ciselés, au plus près de notre réalité affective. Nos lâchetés, nos faiblesses, nos silences coupables.

Richard Brunel*, directeur de la Comédie de Valence, acteur/metteur en scène issu de la Comédie de St Étienne et de l’unité nomade de formation à la mise en scène au CNSAD a eu un coup de cœur en écoutant Christine Angot dire ses propres mots. Il a trouvé qu’elle écrivait du théâtre. Il continue d’explorer le parcours de ces êtres « en prise avec la société qui les contraints à l’invisibilité ».

Même si l’on perçoit l’autorité et l’exigence du texte, cette comédie humaine manque de relief. On s’ennuie à voir les acteurs, se plaçant ici et là, pour occuper totalement l’espace scénique, dire et écouter des monologues et dialogues sans âme.

Je fuis.

André Michel Pouly

*Nous le retrouverons au festival d’Avignon 2018 avec la mise en scène de « Certaines n’avaient jamais vu la mer ». De Julie Otsuka.

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