« PHILIP SEYMOUR HOFFMAN, PAR EXEMPLE » : LORSQUE LE FAUX SE MÊLE AU VRAI…

CRITIQUE. « Philip Seymour Hoffman, par exemple » de l’argentin Rafael Spregelburd; mise en scène: Transquinquennal. Théâtre Varia à Bruxelles jusqu’au 21 décembre 2017. Le 13/12 (19h30) le 16/12 (20h30): surtitré en anglais et en néerlandais. Les 15 et 21/12 à 20h30 surtitré en espagnol.

Lorsque le vrai se mêle au faux, et que le faux devient le vrai, tout en étant faux et à la fois vrai.

C’est l’histoire de trois acteurs: un belge (Stéphane Olivier), un américain (Philip Seymour Hoffman) et un japonais (Kyoshi Kou). De vrais acteurs, dans une fausse histoire. Ou est-elle vraie ?

Stéphane, un acteur raté, cherche un rôle. Il passe une audition et l’on refuse de l’engager car on le prend pour Philip Seymour Hoffman, trop cher pour leur budget. La confusion arrive jusqu’à sa propre famille qui l’appelle Philip et lui reproche d’être trop absorbé par son rôle… celui de Stéphane Olivier! Est-ce une blague? L’acteur lui-même y perd son identité. Que va t-il lui arriver ?
Au Japon, l’acteur Kyoshi rencontre sa plus grande fan: une jeune adolescente accroc à sa vie qu’elle connaît sur le bout de doigts, ce qu’elle prouve en remportant un concours télévisé. Elle en sait plus sur l’acteur que lui de lui-même. Cette jeune femme l’obsède…
Et enfin, Philip Seymour Hoffman, doit tourner un film « Le passager vide ». Ce film l’ennuie. C’est là qu’il se voit proposer une arnaque: faire croire à sa mort et vendre très chère sa reconstitution en comblant les scènes manquantes du film avec un soi-disant avatar en 3D. Un rôle plus ardu et difficile que le réel. Jeu de dupe ou réelle arnaque ?

Entre effets spéciaux, écran géant et décors l’un dans l’autre, le public se retrouve en début de spectacle dans un aéroport. Un policier contrôle les bagages des multiples personnages en tout genre. Le feu rouge du détecteur de métaux s’enclenche systématiquement jusqu’à ce que ce soit le vert qui déclenche le chaos: la pièce commence pour les spectateurs. Sur scène: cinq acteurs (3 hommes et deux femmes) et 45… personnages! Trois histoires parallèles en une seule ou une seule en plusieurs, ou encore un conte de Noël dans un méli-mélo de crise d’identité. Qui sait si la réalité de l’une n’est pas le mensonge de l’autre ou tout simplement le faux de la vraie; ou un tout dans un monde où, finalement, nos attitudes et nos influences se ressemblent, quelle que soit la partie du globe ou nous nous trouvons. Être acteur et se démener pour arriver a être tout autre chose que soi-même tout en étant l’acteur de la pièce et l’acteur dans la pièce. Entre la Belgique, le Luxembourg, Hollywood et le Japon, tout un programme! Vous n’avez rien compris?, moi non plus ou plutôt si. La meilleure façon d’en être certain/e est d’aller voir la pièce. Rire, ironie, étonnement, l’absurde et le paradoxe, l’illusion des désirs, amour, sexe et argent. Il y a de quoi être légèrement dérouté.

La Compagnie Transquinquennal fait appel au très prolifique dramaturge argentin, auteur et metteur en scène, Rafael Spregelburd pour écrire cette pièce dont le titre devait absolument être «Philip Seymour Hoffman» et auquel l’auteur a ajouté « par exemple ». Compagnie que connaissait déjà Spregelburd, puisqu’elle avait déjà monté sa pièce « La estupidez » (La connerie). Ce qui intéresse davantage l’auteur dans les trois histoires de sa pièce est « la quantité d’interprétations et de frictions qui constitue un système beaucoup plus complexe ». Une vision du monde qu’il a notamment trouvé chez certains classiques comme Shakespeare. Une portion de vie et une infinité de possibilité: personne ne sait à l’avance qui entrera par la porte de nos vies. L’œuvre de Spregelburd, traduite dans plusieurs langues, a commencé à Bueno Aires, la ville où il est né, et s’étend en Amérique latine et en Europe. Il s’intéresse à la Belgique et à sa complexité. Ainsi: « Il fallait offrir aux belges un regard original sur leurs problèmes ».

Quant à l’oscarisé Philip Seymour Hoffmann, à la filmographie impressionnante, il prête son nom, mais la pièce n’a rien à voir avec sa vie ni avec sa mort.

On apprécie également les clins d’œil au philosophe français Clément Rosset. Lui qui oppose « cette vision tragique et joyeuse à la recherche d’un double qui puisse protéger du réel ». Vision qui se marie parfaitement avec le spectacle: « Le paradoxe de la joie est ainsi que rien dans la réalité ne porte à l’approuver et que pourtant je puisse l’aimer inconditionnellement ».

La compagnie Transquinquennal (41 spectacles à son actif) est un collectif à la dimension particulière puisque chaque acteur et créateur se doit d’être autonome. Ils abordent des auteurs contemporains et expérimentent diverses formes d’écritures collectives avec une touche de liberté. Le collectif s’intéresse au monde de l’étrange, à la complexité, à une certaine absurdité ambiante et comportementale. Un mixte de complexité entre le bon et le mauvais, le beau et le laid. Loin de se prendre au sérieux, il a le don de mettre le doigt là où ça fait mal, là où ça dérange, mais avec humour, grinçant parfois, qui pousse forcément à se poser les bonnes questions. Se remettre en question? Oui, peut-être. Oui, sans doute… à vous d ‘y répondre ! Des acteurs «multi-interchangeables » excellents: Bernard Breuse, Miguel Decleire, Manon Joannotéguy, Stéphane Olivier (et oui, il y est!) et Mélanie Zucconi.

A la fin du spectacle, les acteurs font une collecte dont une partie sera versée pour l’aide aux réfugiés, désormais nombreux en Belgique. A découvrir.

Julia Garlito Y Romo
à Bruxelles.

Un spectacle de Transquinquennal en coproduction avec le Kunstenfestivaldesarts, le Théâtre Varia, le Théâtre de Namur, le Théâtre de Liège et le manège.mons, dans le cadre du 4A4.

Photo Herman Sorgeloos

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