« GOLEM », DU PESSIMISME, SUR UNE MISE EN SCENE EXCEPTIONNELLE

Bruxelles, correspondance.
CRITIQUE. « GOLEM » -création – Compagnie 1927 – mise en scène et écriture : Suzanne Andrade – TNB, Theâtre National, Bruxelles – 25/11/17 – 02/12/17.

Robert et Annie, frère et sœur, vivent avec leur grand-mère dans une typique petite ville anglaise. Entre la routine et les rituels familiaux, les deux jeunes gens créent ensemble un groupe punk révolutionnaire et contestataire « Annie and the Underdogs ». Robert n’a qu’un seul ami, Phil Sylocate, et pas de petite amie. Il obtient un travail auprès d’un département binaire de « sauvegarde des sauvegardes ». Un univers complètement dingue où l’ambiance de travail est loin d’être dynamique, plutôt répétitif à l’infini, ne nécessitant aucune intelligence particulière.

Phil Sylocate, lui, crée des machines et des automates qu’il n’arrive pas à vendre. Un jour de grande inspiration, il invente un personnage dans un genre de terre glaise auquel il donne vie par une incantation : un Golem. Il le vend à Robert et la vie de ce dernier va changer à tout jamais. Il sera influencé par le Golem qui se mettra à parler et à penser, à le manipuler dans ses choix et ses décisions. Convoitise et égoïsme s’immiscent alors dans son mental. Phil décide d’industrialiser son invention à grande échelle. Le Golem évolue, se transforme rapidement et devient à la portée de tous dans un monde de surconsommation, totalement déshumanisé où les mots « sourires (figés), plaisirs et loisirs » s’inscrivent partout dans la ville pour un bonheur plus que douteux. Annie se désespère et se demande s’il ne faudrait pas détruire le Golem destructeur de consciences et générateur de problèmes. Va-t-elle y parvenir ?

Le terme « Golem » est un mot hébreux qui veut dire « informe, inachevé ». Plusieurs légendes existent au sujet du Golem, créature étrange et fantastique fabriquée par l’homme et qui finit par se prendre pour un Dieu. Ces légendes ont inspiré de nombreux cinéastes et autres, notamment le monstre de Frankenstein dans sa version filmée, mais pas seulement. La version qui a été proposée ici, avec la mise en scène de Suzanne Andrade, est la troisième création du collectif 1927 et est née au Young Vic Theater de Londres. C’est avec Paul Barrit, réalisateur de films d’animation, que la scénariste, écrivaine et actrice se joint pour créer cette œuvre, mais aussi avec la pianiste Lilian Henley et la costumière Esme Appleton.

La musique est omniprésente dans cette pièce théâtrale d’un genre totalement différent de ce qu’on pourrait avoir l’habitude de voir. Des effets spéciaux impressionnants, où les vrais acteurs se fondent dans un décor de dessins et de couleurs tels une bande dessinée sur fond sonore et filmé tel un film muet, mais où la parole est bien réelle. Un univers très étrange, aux figures multiples, des visages grimaçants, verts et jaunes. La compagnie 1927 n’en est pas à sa première création du même genre, il faut le dire, très originale, puisqu’elle a reçu le 5ème prix au Festival d’Édimbourg pour « Between the Devil and the Deep Blue Sea » et présent dans tous les grands festivals de théâtre européens avec « The Animals and Children took the Streets ».

Le texte traite d’un sujet vers lequel nous nous dirigeons inévitablement, celui de la robotisation de l’homme moderne. La sécurité et le confort, la surconsommation et l’égoïsme au détriment de l’affectif et du partage d’un monde sociétal. Le Golem représentant l’influence de la publicité (un Google puissance mille) de l’industrialisation technologique moderne à grande échelle remplaçant l’humain dans ses tâches quotidiennes et sa vie de tous les jours. Lui faisant croire que cette vie est impossible sans objets, sans posséder tout et n’importe quoi, consommer toujours plus. La joie disparaît, l’individualisme croît. Un mal-être qui se ressent fortement dans cette mise en scène qui met presque mal à l’aise avec un trop plein d’image, et des voix stridentes. Un humour grinçant et certainement aucun espoir ni optimisme. Un rythme très soutenu, rapide, obsédant et envahissant tant du point de vue sonore que visuel. Voire quelque peu perturbant. Bien que ce travail fait d’illusions numériques hautes technologies mérite d’être largement salué, le tout provoque une certaine fatigue. La pièce est en anglais sur-titrée en français, ce qui peut renforcer ce côté fatigant aux personnes ne comprenant pas la langue de Shakespeare.

Un spectacle intéressant, mélangeant la BD, le 3D, le cinéma d’animation et le théâtre qui, néanmoins, divisera certainement l’opinion. A voir à partir de 12 ans.

Julia Garlito y Romo

Film, animation & design : Paul Barrit; musique : Lillian Henley ; assistance à la mise en scène et scénographie : Esme Appleton ; producteur : Jo Crowley ; coproduction : 1927, Salzburg Festival, Théâtre de la Ville Paris & Young Vic.

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