« NANNETOLICUS MECCANICUS SAINT », L’ART BRUT DE NANNETTI PERFORME PAR GUSTAVO GIACOSA

CRITIQUE. « NANNETOLICUS MECCANICUS SAINT avec cellule photoélectrique » – Conception, texte et mise en scène : Gustavo Giacosa / musique : Fausto Ferraiuolo – Théâtre des Halles à Avignon les jeudi 30 novembre et vendredi 1ier décembre 2017.

C’est à l’occasion de l’exposition « L’Autre de l’Art » au Musée d’Art Moderne, Contemporain et art brut de Villeneuve d’Ascq que le comédien Gustavo Giacosa commence en 2014 à performer sur les graffitis laissés par Fernando Oreste Nannetti (1927 – 1994) lors de son séjour dans l’hôpital psychiatrique de Volterra en Toscane. Durant neuf ans Nannetti va graver à l’aide de la pointe de la boucle de son gilet les mots et phrases tantôt poétiques, tantôt teintés d’une science loufoque et imaginaire. 70 mètres de gravures à même le mur.

Depuis maintenant trois ans Gustavo Giacosa a fait évoluer cette performance en travaillant avec le musicien de jazz Fausto Ferraiuolo dans le cadre de leur plateforme multidisciplinaire SIC.12 basée à Aix-en-Provence. Sans aucune gêne pour le spectateur le spectacle est surtitré car l’équipe n’a pas souhaité traduire les mots de Nannetti, préservant par là même tout le rythme et le souffle poétique de cette folie gravée. « Seul en scène » n’est pas la qualification ad hoc pour ce spectacle tant l’imbrication de toutes les parties est grande. Flux des mots, musique, chorégraphie et jeu de l’acteur forment un tout d’une harmonie parfaite dans laquelle le spectateur est captivé et ne peut que s’engouffrer. Gustavo Giacosa, en talentueux passeur d’émotion dans un corps comme désarticulé, paraît possédé par les mots et les maux des pensées de Nannetti, sans effets de scène, rien qui ne puisse en tout cas lisser le propos. La notion d’Art brut prend alors tout son sens et transperce le corps et l’esprit du public médusé.

Oscillant constamment entre violence, légèreté, loufoquerie, parfois dans une lente progression, parfois dans des changements de directions abrupts, Gustavo Giacosa, soutenu par l’interprétation brillante de Fausto Ferraiuolo au piano à queue, place le spectateur dans un état d’apesanteur psychologique. Les deux interprètes s’écoutent et se répondent, rebondissent sur les mots et sur les notes. Comme pour reprendre pied ils entrecoupent la performance par des lectures enregistrées de lettres imaginaires que Nannetti aurait pu envoyer à sa famille. Loin de nous renvoyer à la réalité, la non-existence historique de ces lettres sème le trouble. Les propos de Nannetti, bien réels, semblent imaginaires au regard de ces lettres qui elles le sont pourtant totalement. Sur l’air de « Va Pensiero », la vidéo finale dans laquelle le comédien déambule tel un fantôme dans l’hôpital de Volterra en ruines, donne corps à Fernando Oreste Nannetti au travers de ses gravures, par delà la mort, et offre un ultime moment d’émotion.

Alain Timar et le Théâtre des Halles ont eu cette intuition géniale de nous permettre de découvrir un formidable travail, entier et puissant, qui laisse le spectateur comme sonné à la fin d’une représentation qui coupe le souffle et dont chacun gardera assurément un souvenir prégnant et indélébile.

Pierre Salles

photo © Vincent Beranger

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