LE « DORIC STRING QUARTET », EN CONCERT A LA COURROIE

CRITIQUE. « Doric String Quartet » – Concerts donnés les 23 et 24 novembre 2017 à « La Courroie » dans la campagne d’Entraigues-sur-la-Sorgue (Vaucluse).

Soirée découverte !

Tout d’abord la découverte d’un lieu. On suit une petite route de campagne qui longe la Sorgue en se demandant si c’est bien par là, si on va bien arriver quelque part. Enfin c’est bien là ! On est orienté vers une grande prairie qui fait office de parking et accueilli par un placeur avenant à l’accent anglais. Puis on suit avec confiance ceux qui paraissent initiés, des ombres qui cheminent silencieusement dans l’obscurité le long d’une friche industrielle, comme des pèlerins qui convergent avec ferveur vers un lieu secret pour y vénérer un dieu mystérieux. Ce temple c’est La Courroie et ce dieu c’est la Musique. Dès l’entrée le silence de la campagne environnante est rompu, on pénètre dans une grande salle à l’ambiance conviviale et chaleureuse, on y sert une soupe faite maison et des pâtisseries, c’est sans conteste un lieu de partage.

Ce soir on y vient pour écouter le Doric String Quartet, un quatuor à cordes anglais du plus haut niveau qui se produit sur les scènes les plus célèbres du monde entier et qui se retrouve avec bonheur au fin fond de la campagne comtadine par on ne sait quel miracle.

Le concert se déroule dans une immense salle toute en longueur dans laquelle prennent place deux à trois cents mélomanes, un ancien atelier de filature dont les murs décrépis et la charpente métallique évoquent les débuts de l’ère industrielle. Au milieu une estrade, dans un coin un feu de bois qui crépite. Le programme est précis et les concerts se déroulent ici à 20 h 17, ils seront programmés à 20 h 18 l’année prochaine et… vraisemblablement à 20 h 19 en 2019.

Le jeune quatuor anglais prend place à l’heure dite et c’est alors la deuxième découverte de la soirée. C’est un quatuor à cordes comme on les aime, qui se comprend par le biais de clins d’œil complices et qui transmet l’émotion tout à la fois avec passion et rigueur, un peu comme une microsociété sans chef régie par une parfaite harmonie fraternelle et collective. Autre bonne surprise ! Cette salle, vouée au tintamarre des machines à filer, bénéficie étonnamment d’une excellente acoustique, au point que la célèbre maison Harmonia Mundi en a fait l’un de ses lieux d’enregistrement.

L’altiste du quatuor rappelle le plaisir des interprètes à jouer en ce lieu unique et présente rapidement les œuvres interprétées ce soir. Le concert commence par le quatuor en fa mineur Opus 80 de Felix Mendelssohn que compositeur a écrit peu avant sa mort et à la suite de la perte de sa sœur Fanny. Le Doric Quartet, inspiré et précis, développe des thèmes sombres, tantôt tendres et nostalgiques, tantôt torturés, désespérés, oppressants et qui portent un chagrin et une douleur omniprésents.

Le concert se poursuit par le quatuor n° 3 en sol majeur opus 94 de Benjamin Britten, œuvre originale en cinq mouvements composée en 1975, un an avant la mort du compositeur, dans une tonalité naturellement plus contemporaine et qui reprend certains thèmes de son opéra « Mort à Venise ». Là encore le climat est lourd et émouvant dans un contexte de mort annoncée. On retiendra un duo plus léger dans le premier mouvement et, constituant le troisième mouvement, un magnifique solo de violon dans une lente mélodie toute séraphique. Le dernier mouvement est un glissement vers la mort et s’achève par une longue note mourante du violoncelle qui résonne comme un adieu à la vie.
Après un moment de silence nécessaire au retour à la vie, le public, qui a véritablement communié avec les interprètes, laisse éclater son enthousiasme et est récompensé par un bis de Haydn et un ter tout enjoué.

De par ce lieu atypique et la qualité des concerts, cette ancienne filature des bords de Sorgue a été transformée en haut lieu de la musique classique par l’œuvre de Chantal de Corbiac et Alice Piérot avec la volonté évidente de partager une passion commune et d’ouvrir à tous une musique parfois élitiste et du moins souvent éloignée du grand public et de la jeunesse en particulier. C’est là une œuvre d’intérêt public et populaire au meilleur sens du terme. On ne peut évoquer ici le prétexte d’être rebuté par un environnement mondain et compassé ou par des coûts prohibitifs, l’entrée est à 11 euros et gratuite pour les moins de 15 ans. C’est la musique et le partage des émotions avant toute chose !

Venez donc à La Courroie ! Vous serez sûrement conquis par ce lieu au nom bien choisi et par son programme. Cette courroie, comme les courroies qui transmettaient aux machines l’énergie du flux de la Sorgue, transmet ce flux de beauté et d’émotions indispensables que nous procure la musique.

Jean-Louis Blanc

http://www.lacourroie.org/lacourroie/Contacts_La_Courroie.html

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