TRIBUNE : LE THEÂTRE PRIVE PARISIEN AU PLUS MAL ? ET ALORS ?

TRIBUNE : La lente agonie du théâtre privé.

On nous dit que le théâtre privé à Paris agonise et serait même au bord de la faillite, en tout cas pour certains d’entre eux. Une année 2017 exécrable en termes de fréquentation et de recettes, un public en déshérence, des salles qui disparaissent, d’autres qui sont revendues à perte à de purs investisseurs, comme souvent c’est le cas pour le théâtre privé, et surtout un désamour grandissant des Parisiens pour leurs théâtres… Bref, le théâtre privé est au plus mal.

Et alors ? serait-on tenté de dire… Certains objecteront qu’après tout, les théâtres privés parisiens ont bien cherché ce qui leur arrive. Et ils n’auraient pas tort. Car enfin, ce théâtre bien propre sur lui, adepte de produits bien lissés, bien calibrés, propres à réjouir la vieille dame du 7e comme le cadre en goguette dans la capitale, ce théâtre-là ne fait plus envie. Tout simplement.

Bien sûr, nous dit-on, il y a la crise… Et les attentats. Ils ont bon dos les attentats, comme si un tordu avait envie d’aller poser une bombinette dans une salle où l’on passe la 300e de « Ne te promène donc pas toute nue » ! Quant à la crise, faut guère s’étonner qu’avec le pouvoir d’achat en berne des Français lambda, le spectacle à 50 balles la place ne fasse plus recette !

Surtout, le théâtre privé n’a pas vu venir un truc pourtant imparable : le vieillissement de son public, désormais incapable de se déplacer sans ses béquilles ou son accompagnant (à qui il faut offrir la place aussi), et le remplacement de cette population parisienne bon teint bourgeois par une autre radicalement différente, portée sur un théâtre qui peut la faire penser et jouir tout à la fois. Ces nouveaux Parisiens, les bobos plutôt friqués du Paris intra, n’ont aucune envie d’aller se taper un énième Feydeau, un Molière délabré joué par un Michel Bouquet tout aussi délabré ou une milllième ressucée d’un Lagarce ou d’un Lars Noren…

Ce public-ci est jeune, moderne et informé. Ce qu’il veut lui, c’est du beau, du puissant, du théâtre quoi : à preuve les salles pleines pour accueillir Castellucci, Wajdi Mouawad ou Rodrigo Garcia… Bien sûr dans des théâtres subventionnés. Mais s’ils sont subventionnés, ces théâtres-là, honnis par le Privé parisien, c’est que justement, ils proposent autre chose que ce théâtre de boulevard amélioré que produisent à la chaîne les prods parisiennes, ces seuls en scène chiants, ces « comédies » lisses et sans âme qui constituent l’essentiel du menu des privés… Que l’on « monte » pour quelques dizaines de milliers d’euros en prenant le minimum de risques, avec des comédiens de seconde zone.

Et pourtant, il y aurait tant à faire, pour pas plus cher, en fouillant dans la jeune génération de metteurs en scène ou de jeunes compagnies qui ont quelque chose dire, qu’on peut tout à fait montrer dans le privé, et qui trouverait son public. De même pour les comédiens : on peut faire d’excellents seuls en scène avec de grands artistes, des Nicolas Bouchaud, des Denis Lavant ou des Dominique Pinon… pour ne citer qu’eux.

Au lieu de cela, le théâtre privé ronronne sur ses « acquis » vieillissants et ringards, ses « valeurs sûres » qui n’en sont plus depuis belle lurette, la preuve… Au lieu de cela, plutôt qu’avoir les couilles de proposer du vrai théâtre, on se fait plaisir avec la même bande de copains depuis trente ans, metteurs en scène interchangeables qui montent les mêmes auteurs interchangeables avec les mêmes comédiens interchangeables, tous potes dans la belle famille du théâtre privé.

Et on n’oublie pas d’investir à coup de millions, de se revendre les salles à prix d’or pour espérer tirer du théâtre la substantifique moëlle de l’argent facile… Funeste erreur, comme on le voit, qui contraint ces mêmes à refiler en urgence leurs bijoux quand la disette est venue. Et puis franchement, ces Ruquier ou Dumontet, ces pros du « bizness », qu’ont-ils à foutre réellement du théâtre ? ce qu’ils veulent eux, c’est faire du fric facile et briller dans le Paris mondain. Le reste, la création, les vrais artistes, ne les intéresse pas. A lire d’ailleurs l’excellent papier d’Armelle Héliot* sur son blog du Figaro, qui décrit bien le problème… (nous au BDO, on l’aime bien Armelle, c’est une critique à l’ancienne, qui ouvre sa gueule et n’a pas froid aux yeux. Même si on n’aime pas forcément le théâtre qu’elle aime, elle…)

Et du coup, ce qui devait arriver arrive : les privés sont au plus mal et ferment à tour de bras. Mais continuent de ne surtout pas se remettre en question… Après tout, s’ils disparaissent à terme totalement du paysage parisien, ils ne nous manqueront pas beaucoup, il faut bien le dire, et peu les pleureront. A l’exception bien sûr de ces fameux « potes » qui s’auto-congratulent chaque année pour les « Molières »… Que plus personne ne regarde plus non plus. Signe des temps.

Faustine Saint Pierre
pour vous servir

* http://blog.lefigaro.fr/theatre/2017/11/le-grand-chambardement-dans-le.html

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