« LE CASINO DE NAMUR » : PHILIPPE CAUBERE, DANS LA CAMPAGNE, SUBMERGE DE BETTERAVES…

CRITIQUE. « Adieu Ferdinand ! – Le Casino de Namur » – Ecrit, mis en scène et interprété par Philippe Caubère – Création au Chêne Noir, Avignon en Novembre 2017.

C’est donc sur la route du casino de Namur au milieu des champs de betteraves que se termine cet adieu littéraire à Ferdinand Faure. Après avoir suivi son aventure extraconjugale et sa découverte du camp naturiste de Montalivet, Ferdinand revient accompagné de son ami Bruno pour une virée au casino de Namur en passant par une petite halte gastronomique chez les parents de Jean-Marie, un ami comédien.

Comme à son habitude, Philippe Caubère part d’un petit rien pour en faire un spectacle. Comment ne pas être subjugué par cette faculté qu’a l’écrivain-comédien à transformer un simple trajet en voiture en bavardage hilarant quasi tarantinesque durant lequel le grand Bruno va tenter d’expliquer à Ferdinand, avec sa faconde de bourgeois aixois, son étrange découverte concernant les mœurs amoureuses des avocates ? Arrivés chez les parents de Jean-Marie, Ferdinand découvre avec stupeur ces « pauvres » agriculteurs belges cultivant 180 000 hectares de betteraves de façon industrielle. Philippe Caubère propose alors un propos plus acide et le public rit jaune des violences physiques et psychologiques subies par son ami comédien et infligées par des parents dépeints en Thénardier, nouveaux riches de la betterave sucrière. Philippe Caubère touche dans cette seconde partie un aspect plus fragile de l’intimité de son ami, mis à nu par des parents violents et castrateurs et par son manque de maturité. Dans cette situation embarrassante Bruno n’est pas en reste et jette de l’huile sur le feu, devenu alors vulgaire non plus par ses propos mais par sa perception du monde qui l’entoure et par la misère intellectuelle de ces gens.

Philippe Caubère nous plonge dans cette sorte de « no man’s land » submergé de betteraves et sans aspérités, bien différent de la campagne aixoise. Au gré de mimiques et de bruitages, les personnages prennent vie sous nos yeux. Et c’est bien là l’un des génies de Caubère, là où certains forcent le trait deux heures durant, lui délivre et ébauche dans un premier temps les traits de ses personnages tel un peintre et, par la suite, une intonation, un simple geste suffisent à les identifier. Nous assistons ainsi à des scènes hautement burlesques, parfois surréalistes, où se bousculent des personnages finement caractérisés qui paraissent bien présents sur scène.

Le comédien a toujours su virevolter avec élégance entre des moments de théâtre burlesques et rabelaisiens et de beaux instants de poésie et de nostalgie. Cette fois encore il touche du doigt, souvent dans l’outrance, l’humanité débordante de ses personnages. Nul besoin de décor et d’accessoires, le « seul sur scène » prend ici tout son sens tant le comédien exclut tout artifice, il est là, face au public, avec comme seul propos celui de se livrer à nous.

Du casino de Namur, Philippe Caubère ne nous en montre pas une once car, initialement prévu en un seul spectacle, cet adieu à Ferdinand, sans doute victime de la boulimie et de l’imagination débordante de son auteur, comportera en fait 3 spectacles. Le public devrait donc retrouver Ferdinand la saison prochaine pour une ultime cabriole.

Pierre Salles

Lire aussi ICI : « Adieu Ferdinand – la baleine et le camp de naturistes », (1ere partie).

Création au Chêne Noir à Avignon du 7 au 12 Novembre 2017
A L’Athénée, Paris du 2 décembre 2017 au 12 janvier 2018

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