PHILIPPE CAUBERE CREE « ADIEU FERDINAND ! LA BALEINE ET LE CAMP NATURISTE » AU CHÊNE NOIR

CRITIQUE. « Adieu Ferdinand ! La baleine et Le camp naturiste » – Texte, mise en scène et jeu par Philippe Caubère – Création mondiale au Théâtre du Chêne Noir le 7 novembre 2017. Du Mardi 7 Novembre au Dimanche 12 novembre 2017 au Chêne Noir Avignon, puis au Théâtre Athénée, Paris, du 2 décembre 2017 au 12 janvier 2018

Ferdinand revient à Avignon pour les dernières parties du « Roman d’un Acteur », épopée théâtrale commencée par Philippe Caubère voilà plus de trente ans sous la forme du récit de sa vie rêvée au travers de Ferdinand, son alter ego théâtral.

Philippe Caubère nous propose ainsi au fil des années et des représentations les évènements marquants de la vie de Ferdinand depuis sa naissance jusqu’à son séjour tumultueux et prolifique au Théâtre du Soleil d’Ariane Mnouchkine et à l’expérience malheureuse de l’Atelier théâtral de Louvain-la-Neuve en passant par ses premiers cours de théâtre à Aix-en-Provence, Mai 68 et bien d’autres évènements de l’époque d’ordre familial, artistique, politique. Bref, de tout ce qui nourrit et construit un homme.

En nommant son nouveau spectacle « Adieu Ferdinand ! », on peut penser que Philippe Caubère met fin cette fois à son Roman mais c’est sans connaître cet auteur-comédien à l’imagination débordante. Créé au Chêne Noir, ce spectacle ne devait initialement constituer qu’une seule pièce mais l’ampleur prise par le texte lors de la création oblige Philippe Caubère à se rendre à l’évidence en présentant son travail sous la forme de trois contes interprétés en deux pièces.

Cette première partie conte donc la première trahison à son amour d’alors, Clémence, une comédienne du Théâtre du Soleil puis leurs vacances au camp naturiste de Montalivet.

Comme à son habitude, Philippe Caubère enchante par sa faculté à tordre le cou et à distendre la réalité pour nous offrir tantôt des moments burlesques teintés d’une vulgarité toute fellinienne mais dans un style théâtral unique et très personnel, tantôt d’autres beaux moments de poésie et d’introspection. Si le début du spectacle paraît un peu lent à se mettre en place, le jeu précis du comédien permet très rapidement de poser ses personnages dans un décor fait seulement de lumières et d’une chaise. Du bois de Vincennes à Barbès, le comédien navigue dans ce premier conte entre Clémence et une comédienne d’une rondeur à la Botero, pur fantasme sexuel que Ferdinand ne peut évacuer de son esprit tant qu’il ne sera pas assouvi. Là encore, sous les traits de Ferdinand, le comédien part à l’assaut avec une incroyable imagination et une fantastique vivacité sous une forme hilarante de pêche à la baleine sexuelle tel un capitaine Achab lilliputien.

Le deuxième conte fait suite aux doutes du comédien après l’échec du « Lorenzaccio » donné dans la Cour d’Honneur du Palais des papes par L’Atelier théâtral de Louvain-la-Neuve dans lequel il interprétait le rôle-titre. Période de doutes durant laquelle Clémence lui propose alors pour se changer les idées de passer un séjour dans le camp naturiste de Montalivet. Partant de la constatation que les deux-tiers du camp sont belges et que son origine vient de soldats nazis qui se baignaient nus, Philippe Caubère s’en donne à cœur joie en narrant ce séjour épique entre naturistes intégristes de la première heure et voisins libidineux qui font des propositions libertines sous les yeux effarés de la naïve Clémence. Sans jamais tomber dans le réel, le comédien parvient à des moments hallucinants et jubilatoires qui évoquent parfois un dessin de Dubout ou un Charlot sous un éclairage surréaliste. Plus présente qu’à l’accoutumé la musique cadence le spectacle et semble d’ailleurs rendre hommage à quelques grands moments du cinéma muet.

Beaux adieux que ceux de Ferdinand pour ces deux premiers contes épaulés par un Philippe Caubère aiguisé, impressionnant de fraîcheur et d’imagination et toujours aussi amoureux de la scène.

Pierre Salles

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