« VANIA », PLUS QUE DU THEÂTRE, UNE IMMERSION DANS L’UNIVERS TCHEKHOVIEN

CRITIQUE. « Vania » d’après Oncle Vania d’Anton Tchekhov. Mise en scène et scénographie de Julie DELIQUET, interprété par la troupe de la Comédie Française. Du 4 Octobre au 12 Novembre 2017 au Théâtre du Vieux Colombier à Paris. Durée 1H45.

« Vania », plus que du théâtre, une immersion dans l’univers Tchekhovien

Hier j’étais invitée chez l’oncle Vania ! Si, si je vous assure… J’ai vécu une expérience unique. J’étais à table avec les membres de cette famille Tchekhovienne ! J’ai partagé leurs doutes, leurs frustrations, leurs espoirs et leurs désillusions, en me disant que c’était en partie les miennes, celles des gens qui m’entourent ou qu’il m’arrive de croiser… Leurs états d’âme résonnaient en moi, terriblement.

J’étais avec Vania qui a le sentiment que son beau-frère l’a privé de sa vie. Il a travaillé si dur dans la propriété familiale pour lui envoyer tous les revenus afin qu’il concrétise ses projets d’écriture. Ce professeur, soucieux par ses écrits de laisser une trace de lui après sa mort, n’a pourtant rien réalisé de marquant. À l’aune de sa vie, le doute l’envahit, il a peur de mourir et de tomber dans l’oubli. J’écoutais aussi, touchée, Elena, jeune femme du vieux professeur, objet de toutes les convoitises, et pourtant ayant cruellement l’impression d’être insignifiante. Mikhaïl le médecin qui, « aimanté » par cette maison car il n’a d’yeux que pour la belle Elena, s’inquiète de ce que l’homme fait de la planète et se questionne (déjà !) sur son rapport à la nature. Ou encore Sonia et Ilia, jeunes attachants, invisibles aux yeux de tous. Tous deux se débattent pour être simplement considérés, aimés. Et enfin, Maria, l’aînée, mère de Vania et de l’ex-femme du professeur. Elle est le ciment d’une famille qui se délite peu à peu sous ses yeux. J’ai ri, aimé, douté, pleuré avec eux.

Les comédiens du Français excellent à nous plonger dans la vie de ces personnages, à nous faire vivre leur solitude. Car oui, c’est bien d’une immersion dont il s’agit, immersion totale au cœur de cette famille, de ces hommes pour mieux en apprécier et ressentir les doutes et les questionnements.

Et ça, nous le devons au superbe travail de Julie Deliquet, la metteure en scène. Son dispositif bifrontal inclut le public sur l’espace scénique. Il n’y a plus de frontières. Une partie du public traverse la scène pour aller s’assoir au début de la représentation, les spectateurs se font face et entourent la table à manger où tout se passe, les comédiens s’approprient l’ensemble de la salle comme surface de jeu. Ainsi naît la magie, nous sommes à table avec la famille de l’oncle Vania !

Sans jamais déroger au texte de Tchekhov, Julie Deliquet s’est aussi permis certaines adaptations pour gommer les référents russes, bousculer un peu la structure de la pièce et faire de ce spectacle une vraie aventure collective, avec les comédiens, avec le public et une aventure universelle qui montre avec brio comment les « Grands auteurs » dépassent le temps et les cultures en traitant du plus profond de la nature humaine.

Avec pour résultat, un moment suspendu, bouleversant d’émotions et de vérité. Alors si, vous aussi, vous voulez aller manger chez l’oncle Vania. Surtout, n’hésitez pas !

Marie Velter

Photo Simon Gosselin

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