MASSIMO FURLAN, « HOSPITALITES » : CONTE DE FEES OU EXUTOIRE ?

CRITIQUE. « Hospitalités » – Massimo Furlan – La Manufacture Atlantique, les 7 et 8 octobre 2017, dans le cadre du FAB Bordeaux.

« Hospitalités », est né d’un pari « artistique » à allure de défi facétieux… Massimo Furlan, invité dans l’atelier d’artistes de La Bastide-Clairence, charmant village basque de 1000 habitants, a suggéré aux autorités de la commune, soudainement inquiètes que le prix de l’immobilier puisse s’envoler suite à son classement parmi « les plus beaux villages de France », de faire courir le bruit de l’ouverture prochaine d’un centre d’accueil de migrants… Ainsi cette vraie-fausse annonce compenserait à dessein l’attractivité du label décerné et permettrait aux « locaux » de préserver la singularité de leur patrimoine. Mais pris au jeu, les habitants ont proposé d’accueillir « pour de vrai » une famille syrienne.

Sur le plateau, neuf témoins-acteurs de ce village. De là où chacun se trouve, des préoccupations qui sont les siennes, il va mêler ses paroles à celles des autres pour raconter par bribes son histoire personnelle en lien avec le lieu qu’il a choisi d’habiter. Ainsi les voix vont se détacher, s’élever, se superposer, pour, dans une sorte de kaléidoscope sonore, reconstituer les morceaux du puzzle commun. Prend vie sur le plateau, au travers du fil dévidé d’histoires personnelles émaillées d’anecdotes émouvantes ou drôles, la communauté du village réunie, point d’orgue de cette union, autour d’un chant traditionnel basque.

Ainsi l’une égrène le récit de ses origines portugaises, d’un père passeur de réfugiés, de voyages en caravane pour retourner au pays ; l’autre évoque ses parents métayers dont le monde se réduisait au dur labeur des champs et à un unique livre, religieux ; un autre parle de son maître, curé de surcroît, qui le frappait le rendant si allergique à l’école qu’il développait de fortes crises d’asthme… sauf le dimanche, puis de son bac 68 ; une autre délivre, pas cadencés de danse à l’appui, sa passion pour le fandango dont son père lui avait facétieusement attribué le titre de championne du monde ; une autre confie l’existence de son petit frère myopathe qui faisait d’elle l’a-normale de la famille porteuse du gêne ; un autre encore raconte ce grand-père vénéré qui, au-delà de sa twingo rose bonbon qui lui faisait honte, lui a transmis l’amour de la musique et le moulin où il a élu domicile. Autant de témoignages transgénérationnels qui se regroupant pour faire chœur, montrent au-delà de la diversité des expériences vécues, le « goût des autres » devenu ciment de leur communauté.

Immersion sensible dans une communauté re-composée qui décide d’accueillir à son tour une famille de réfugiés syriens. En renouant avec les fondements de l’hospitalité telle qu’elle était en usage dans la Grèce antique, le village-hôte, devenu entité inaliénable, accueille car il se souvient qu’il a été lui-même l’étranger accueilli ou parce qu’il se projette dans celui qui pourra demander à son tour l’hospitalité.

L’émotion opère tant l’authenticité des histoires contées est palpable et le dispositif scénique exempt de tout artifice. Le transfert ayant impeccablement fonctionné, la salle est littéralement conquise… Cependant, sans retenir l’épisode un peu inutilement encombrant de la parole donnée à la salle et malgré le final où dans une cacophonie allant crescendo toutes les idées reçues sur les réfugiés sont aboyées face au public, le côté idyllique de ce conte de fée moderne questionne l’unanimisme des réactions. N’y aurait-il pas là l’occasion, à bon « conte » de témoins-artistes et spectateurs fondus dans la même symbiose émotionnelle, d’offrir un exutoire à la culpabilité ressentie face au sort réservé aux réfugiés ?

Yves Kafka

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